C'est un petit matin

Rédigé par yalla castel - - Aucun commentaire

C'est un petit matin, doux ensoleillé et si simple

odeur de linge frais édredon

rassérénée

tiédeur et cocon

et pourtant

il vient m'enserrer

le monde

m'encercle, me prend dans ses filets,

me malmène

me perce et m'agresse

de ses flèches

me griffe

m'envahit

m'accable et m'assourdit

Ne pas se perdre

écouter, sentir

la brise et le souffle

le vent les nuages

la caresse de ta main

l'azur l'herbe et

le violon

le roulis des vagues

et le rire

Les fruits sont mûrs

Brigit Descot

Les enfants sont rois

Rédigé par yalla castel - - Aucun commentaire

 

« Onze millions de spectateurs suivaient ce soir la finale de « Loft Story ». Jamais une émission télévisée n’avait suscité autant de passions. La presse écrite avait d’abord largement commenté l’arrivée du format en France, puis , de révélation en rebondissement, s’était prise au jeu, lui accordant ses pages de une, ses chroniques et ses débats. Pendant plusieurs semaines, des sociologues, des anthropologues, des psychiatres, des psychanalystes, des journalistes, des éditorialistes, des écrivains, des essayistes avaient décortiqué le programme et son succès.

 

« Il y aura un avant et un après », avait-t-on lu ici ou là.

 

Ils voulaient passer à la télé pour être connus. Ils étaient maintenant connus pour être passés à la télévision. A jamais, ils resteraient les premiers.Les pionniers.

 

Vingt ans plus tard, les moments cultes de la première saison - la fameuse scène dite « de la piscine » entre Loanna et Jean-Edouard, l’entrée des candidats dans la villa  et la finale dans son intégrité - seraient disponibles sur You Tube. Sous l’une de ses vidéos, le tout premier commentaire rédigé par un internaute résonnait comme un oracle: « L’époque où on a ouvert les portes de l’enfer. »

 

Peut-être, en effet, était-ce  au cours de ces quelques semaines  que tout avait commencé . Cette perméabilité de l’écran. Ce passage rendu possible de la position de celui qui regarde à celui qui est regardé. Cette volonté d’être vue, reconnu, admiré. Cette idée que c’était à la portée de tous, de chacun. Nul besoin de fabriquer, de créer, d’inventer pour avoir droit à son « quart d’heure de célébrité ». Il suffisait de se montrer et de rester dans le cadre ou face à l’objectif.

 

L’arrivée de nouveaux supports accélérerait bientôt le phénomène. Dorénavant, chacun existerait grâce à la multiplication exponentielle de ses propres traces, sous forme d’images ou de commentaires, traces dont non ne tarderait pas à découvrir qu’elles ne s’effaceraient pas. Accessibles à tous, Internet et les réseaux sociaux prendraient bientôt le relais de la télévision et décupleraient le champ des possibles. Se montrer dehors, dedans, sous toutes les coutures. Vivre pour être vu, ou vivre par procuration. La téléréalité et ses déclinaisons testimoniales s’étendraient peu à peu  à de nombreux domaines, et dicteraient pour longtemps leurs codes, leur vocabulaire et leurs modes narratives.

 

Oui, c’est là que tout avait commencé."

 

Source: « Les enfants sont rois », roman de Delphine de Vigan chez Gallimard, nrf , pages 19/20.

ISBN 978-2-07-291581-9

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