Sandrine Colette

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Ils se toisent. Madelaine mesure une tête de moins que lui, pèse la moitié de son poids, elle a l'âge de Mayeul. Et oui, c'est une fille. Elle restera plus fine et plus petite. Germain l'observe de haut. Il la renvoie. Il dit : à la maison. Rentre chez toi. Quand elle refuse, il la bouscule. Il n'est pas rare qu'ils s'empoignent, et nous ne savons pas quoi faire, Artaud, Mayeul et moi, nous attendons que cela passe . Cela ne sert à rien d'y aller, qu'à envenimer les choses. J'ai gueulé une ou deux fois et cela ne m'a servi qu'à prendre une beigne de Germain. La dispute finit toujours pareil : Madelaine part en criant des injures, et puis elle se tait, pour que nous n'entendions pas les sanglots.
 
Je rentre avec elle. Je marche derrière en silence. Je ne sais pas si elle se rend compte que je suis là, ou elle s'en moque, et je comprends, nous ne l'avons pas soutenue, pas aidée. Nous revenons aux Montées, je m'arrête chez Rose, la petite me boude. Je la vois qui court vers les fermes, qui court vers les silhouettes d'Ambre et Aelis, la première qui la devine, qui l'appelle, elle se jette. Leurs bras se referment autour d'elle et je la perds. Leur monde m'est étranger; c'est un monde de femmes où on a le droit d'être chagrin, un monde qui m'échappe, je n'ai jamais entendu pleurer Eugène ni ses fils, ni aucun des hommes de La Foye. Madelaine pleure de rage, de dépit, d'impuissance, ce sont des larmes tout de même. Dans les bras des soeurs, elle s'abandonne. On l'embrasse, on l'apaise. On la consolide. 
 
Nous, nous n'avons que les coups et l'entêtement à nous redresser pour nous rendre forts. Nous observons ce tout petit univers que forment les femmes entre elles, que nous leur envions, nous aussi nous aimerions que l'on nous console, quand la vie nous accable, nous l'espérons de toute notre âme. Mais personne ne réconforte les hommes. Ils n'en ont pas besoin. Nous sommes dévorés par ce devoir de puissance, obligés d'être invulnérables, de refouler nos peurs et nos désespoirs au fond de nos ventres. Nous crevons du manque d'amour. 
 

Pierre Reverdy

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TARD DANS LA VIE

Je suis dur

Je suis tendre

Et j’ai perdu mon temps

À rêver sans dormir

À dormir en marchant

Partout où j’ai passé

J’ai trouvé mon absence

Je ne suis nulle part

Excepté le néant

Mais je porte caché au plus haut des entrailles

À la place où la foudre a frappé trop souvent

Un cœur où chaque mot a laissé son entaille

Et d’où ma vie s’égoutte au moindre mouvement.

 

Pierre Reverdy, poète français né en 1889, mort en 1969.

 

L'art et la poésie ne comblent pas cet homme en quête de spiritualité . En 1926 il se fixe pas loin de l'abbaye de Solesmes où il mourra en 1960. Cherchant Dieu, il rencontre la religion et ne s'en satisfait pas. Il demeure dans une grande solitude, entrecoupée de publications de poèmes.

Source: 

https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Pierre_Reverdy/138742

 

Bibliographie:

 

"Grande nature""

"La Balle au bond"

"Sources du vent" 

"Pierres blanches" 

"Ferraille"

 "Plein verre"

"Le Chant des morts"

 

 

Mais qui était Aimé Souché?

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Aimé Souché (1888-1975) fut un auteur prolixe de manuels scolaires et un mémorialiste de la Grande Guerre. Fils unique d'une famille paysanne calviniste de Pamproux, il est reçu premier du canton au certificat d'études en 1899. Son instituteur assure sa formation pour qu'il entre à l'Ecole normale à Poitiers en 1903. Il est nommé à Latillé en 1907, puis à Neuville où il se marie l'été 1909 avec une institutrice. A l'automne 1910, le couple est à Pindray .

A la mobilisation, il rejoint le front d'Ypres, sergent du 268 eRégiment d'infanterie. Sa compagnie est décimée le 5 octobre 1914. Début novembre, le bombardement devient incessant. Sur une carte postale, il griffonne des adieux à sa femme et son fils : « 4 nov, 5 heures du matin, dans l'obscurité de la tranchée. Toutes mes pensées vont vers vous, au milieu des plus effroyables dangers et des pires souffrances. »
Le 6 à l'aube, l'ordre d'attaque des lignes allemandes est lancé. Dans sa compagnie, 70 sont tués. Aimé Souché est fait prisonnier, envoyé en Allemagne. Après les camps de Merseburg (Saxe), Gardelegen, il part au bagne à Wittenberg en février 1916, puis à Quedlinburg. Ensuite dans un camp de représailles en Pologne à Schaulen. Il est à nouveau à Quedlinburg en octobre. Les Allemands volent les colis. Le 1 eravril 1917, il note : « Un Boche de 18 ans vient de tirer sur un groupe de Russes affamés qui tendaient leur gamelle vers notre baquet de soupe. Trois ont été tués. »Le 10 décembre : « Les Italiens ont dévoré toute l'étroite bande d'herbe verte qui poussait sous la protection des fils barbelés. »
Il ne reviendra qu'en janvier 1919. Devenu inspecteur primaire, Aimé Souché prononce un discours le 31 juillet 1920 à Loudun, lors de la distribution des prix : « La guerre est gagnée, mais il ne semble pas que la défaite ait modifié la mentalité allemande. » En 1923, dans son manuel scolaire, Le premier livre de morale du jeune Français, il a donné à lire cette leçon de vérité : « La guerre de 1914-1918 fut la plus horrible des guerres : des millions d'hommes, presque tous les peuples du monde ; quatre années de tueries, de destructions sur terre, dans les eaux et dans l'air ; pas une famille qui ne pleure ses morts. »

Pendant la seconde guerre mondiale il fera parti d'un mouvement de résistance.

Source: Journal La Nouvelle République. 

https://www.lanouvellerepublique.fr/vienne/l-instituteur-raconte-sa-captivite

 

RENÉ GIRARD

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René Girard est né à Avignon le 25 décembre 1923. Il a été élève de l'école des Chartres, une grande école française fondée en 1821 et spécialisée dans la formation aux sciences auxiliaires de l'histoire.

Il a fait toute sa carrière aux États Unis comme professeur de littérature comparée dans plusieurs universités prestigieuses américaines. 

En 2005, il a été élu à l'Académie française.

Il est mort aux États Unis le 4 novembre 2015.

Il se définissait lui même comme un professeur étudiant l'être humain en société. Il s'est intéressé au phénomène religieux et à la violence humaine fondateurs de notre culture.

 

Trois citations de René Girard

"On sait, désormais, que dans la vie animale, la violence est pourvue de freins individuels. Les animaux d'une même espèce ne luttent jamais à mort; le vainqueur épargne le vaincu. L'espèce humaine est privée de cette protection." ( La Violence et le Sacré, 1972)

"De toutes les menaces qui pèsent sur nous, la plus redoutable, nous le savons, la seule réelle, c'est nous-mêmes."  (Celui par qui le scandale arrive, 2001)

"Les parents s'étonnent d'avoir produit des monstres: ils voient dans leurs enfants l'antithèse de ce qu'ils sont eux-mêmes. Ils ne perçoivent pas le lien entre l'arbre et le fruit." ( Mensonge romantique et vérité romanesque, 1961)

Pour découvrir René Girard

René Girard, le penseur du désir et de la violence – Hors-série Philosophie magazine , octobre 2011

Bref aperçu de ses livres

"Du désir à la violence"

"Des choses cachées depuis la fondation du monde"

" La violence et le sacré "

Sources consultées:

https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Ren%C3%A9_Girard/121489

https://www.rene-girard.fr/

 

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