Il était le maître

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Il était « le maître », maître d’école, comme on disait à l’époque, et, avec lui, on filait doux, petits et grands. Son bureau trônait sur l’estrade, le tableau était noir, les cartes Vidal-Lablache pendaient au mur, celle de la France, au centre, s’imprimait dans nos jeunes esprits ; ses fleuves et ses mers, ses montagnes et ses plaines… Il faisait de l’encre dans une bouteille en mélangeant de l’eau et de la poudre violette et la versait dans les encriers de nos pupitres, qui grandissaient avec nous ; c’était une classe unique de village qui mêlait petits et grands. Il était devenu instituteur tout jeune homme en 1939, alors qu’il allait entrer à l’école normale, car les plus âgés étaient mobilisés.

Il y avait la morale pour commencer la journée, suivie d’une ligne d’écriture avec pleins et déliés et le calcul – les surfaces, les règles de trois –, la dictée, la récitation, la lecture de fin de matinée – une page de Sans Famille que nous écoutions religieusement. L’après-midi, c’était histoire, géographie, leçon de choses… Il était de gauche, militait à la Ligue de l’enseignement et était ami avec le curé, dont il partageait l’origine sociale, tous deux étant fils de famille paysanne. Il s’appelait M. Cholet, il fut mon maître.

Christine Pedotti

Source: "Les cahiers du Témoignage Chrétien", été 2026

Radical climat

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 C'est le titre d'un article publié dans la revue Esprit le vendredi 10 juillet 2026

Depuis la fin du mois de mai, la France a déjà connu trois vagues de chaleur. Dans certaines régions, la température n’est pas descendue sous les 30,6 °C au cours de la nuit, un record absolu. La chaleur extrême n’annonce plus une catastrophe à venir : elle est devenue notre quotidien. Elle bouleverse l’organisation des écoles, des hôpitaux, des transports ou encore du travail, révélant moins une succession de crises qu’une transformation profonde de nos conditions de vie.

Face à cette réalité, la réponse politique reste comme en suspens. Les pouvoirs publics peinent non seulement à adapter les infrastructures et les services essentiels, mais aussi à situer leur action dans un monde dans lequel nos conditions d’existence ont déjà changé. Entre impréparation, déficit d’anticipation et arbitrages sans cesse différés, l’écart ne cesse de se creuser entre l’expérience vécue et les représentations sur lesquelles repose le discours de l’État.

Dans ce contexte, une question mérite d’être reposée. Après avoir longtemps cantonné les militants des écologies dites « radicales » aux marges du débat public, les présentant tour à tour comme de dangereux activistes ou de doux rêveurs, ne faut-il pas reconnaître qu’ils ont souvent nommé, avec plusieurs années d’avance, les impasses auxquelles nous sommes désormais confrontés ? Ce que l’on disait alors excessif apparaît aujourd’hui comme une tentative lucide de penser un monde déjà en train de basculer.

La difficulté à transformer nos institutions, les insuffisances voire les reculs de la planification écologique et les résistances qu’elle soulève montrent combien notre imaginaire politique demeure prisonnier de catégories dépassées. Relire les penseurs précurseurs de l’écologie n’est plus un simple exercice de curiosité intellectuelle, c’est interroger nos certitudes les plus ancrées : notre rapport au progrès, à la démocratie et aux formes de l’action collective. À mesure que la crise climatique s’impose comme notre horizon commun, ce qui semblait hier relever de la radicalité pourrait bien tenir, demain, du réalisme.

La rédaction

https://esprit.presse.fr/infolettre/radical-climat-56

 

Magnifique humanité (2)

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Ecole St Pardoux - Académie de Poitiers

"La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif: ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble". Les premiers mots de la première encyclique de Léon XIV – Magnifica humanitas, «sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle» – en résume les raisons fondamentales et l’objectif. Publiée lundi 25 mai 2026, elle a été signée par le Souverain pontife le 15 mai dernier, à l’occasion du 135e anniversaire de la promulgation de Rerum novarum de Léon XIII. Et le Pape Léon XIV a repris l’héritage de son prédécesseur, en rédigeant une encyclique sociale qui aborde l’un des principaux défis de l’époque contemporaine: l’intelligence artificielle.

La doctrine sociale de l’Église est une théologie de la communion

Le premier chapitre – Une pensée dynamique fidèle à l’Évangile – retrace l’évolution de la Doctrine sociale de l’Église (DSE) dans le magistère récent et au Concile Vatican II, en mettant en lumière «son caractère dynamique» (17). Loin d’être «un recueil de principes et de normes à appliquer», la DSE est plutôt «un chemin de discernement communautaire», une «théologie de la communion dans l’histoire» (27) qui oriente la lecture des événements à la lumière de l’Évangile. Léon XIV rappelle la pensée de ses prédécesseurs: de Pie XII – le premier à employer l’expression «doctrine sociale de l’Église» dans l’exhortation apostolique Menti nostrae de 1950 – au pape François, en passant naturellement par Rerum novarum de 1891, qualifiée de «jalon dans l’évolution du Magistère social» (30). À leur époque respective, chaque successeur de Pierre «a fait ressortir différents aspects d’un patrimoine unique: la dignité de la personne, la valeur du travail, la destination universelle des biens, la solidarité et la subsidiarité, la sauvegarde de la création, la centralité de la paix et de la fraternité.»

Protéger la dignité humaine: la personne n’est pas une ressource à exploiter

Dans le deuxième chapitre, Léon XIV énumère les «fondements et les principes de la doctrine sociale de l’Église»: parmi les premiers, il cite la dignité de la personne, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il est nécessaire de le rappeler car la pression exercée par «de nouvelles idéologies» et par «certains intérêts très puissants» peut réduire la personne à une «ressource à utiliser et à exploiter» ou à «ce qu’elle réalise ou produit» . Au contraire, «la dignité fondamentale de chaque personne ne s’acquiert pas, ne se mérite pas et n’a pas besoin d’être démontrée» . Un deuxième fondement de la DSE est l’inviolabilité des droits humains, parmi lesquels le premier est celui à la vie «de sa conception à son terme naturel» : à cet égard, Léon XIV définit l’avortement provoqué, le meurtre d’innocents et l’euthanasie comme des «choix gravement illicites» . Le troisième fondement est la reconnaissance des droits des minorités, avec une attention particulière pour les femmes : en leur faveur, le Souverain pontife demande des «choix concrets» dans les lois, le travail, l’éducation, les responsabilités sociales et politiques, afin qu’elles soient véritablement écoutées et valorisées.

Source:

https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2026-05/resume-encyclique-magnifica-humanitas-leon-xiv.html

 

Dans le journal Libération

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Un bref aperçu d'un article de Thomas Legrand que seul les abonnés peuvent lire en entier:

Canicule : et maintenant, la droite veut vous faire croire que c’est la faute des écolos.

Journées invivables, nuits tropicales : plutôt qu’au bilan et aux si faibles idées de la droite et des macronistes, il faudrait s’en prendre… aux défenseurs de l’environnement qui critiquent la clim et le nucléaire. Absurde.

 La droite n’est pas isotherme, alors elle commence à se rendre compte qu’il fait chaud. Et elle a trouvé la solution : la climatisation. Eureka ! Va-t-elle oser, aux prochaines inondations, proposer un plan de fourniture de barques, ou décider que l’Etat doit financer une vaste campagne d’achat de gourdes pour lutter contre les prochaines sécheresses ? Après tout, cette droite anti-«écologie punitive» continue à trouver qu’il faut faciliter l’achat des intrants chimiques pour lutter contre la baisse des rendements des terres appauvries par… les intrants chimiques. 

 

Revue de presse juin 2026

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Être ou ne pas être…foot

Le foot est sans doute aujourd’hui la première religion du monde. Elle a ses adeptes, ses croyants, ses pratiquants, ses idoles, ses rites et elle est répandue sur la planète entière. Soulignons que c’est une religion principalement masculine – encore une – car, s’il y a des joueuses et des supportrices, elles sont toujours minoritaires et marginales.

La victoire finale du Paris-Saint-Germain samedi soir en Ligue des champions est venue rappeler le foot à notre mémoire à quelques jours de l’ouverture de la Coupe du monde 2026, organisée outre-Atlantique par le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Vu de façon positive, le foot est un grand moment de communion locale ou nationale, souvent intergénérationnelle – les pères emmènent leur fils au match – et populaire – ce n’est pas un sport bourgeois. C’est aussi un lieu de lien social, et les petits clubs locaux bénéficient de l’engagement de nombreux bénévoles. Entraîneurs et présidents de club se dévouent au service de jeunes qui trouvent là un espace de vie collective.

La face négative est celle de l’argent, celui que les clubs dépensent, celui des joueurs stars, des droits d’exploitation audiovisuelle, celui des sponsors et des marques, qui achètent et vendent à prix d’or leur image, alliée à celles des clubs et des idoles. Le foot est aussi un très très gros veau d’or.

On notera avec étonnement que les plus ardents défenseurs de la laïcité ne demandent pas la séparation du foot et de l’État et que tout le monde trouve normal que les municipalités financent à grands frais les constructions ou les rénovations des stades. « Du pain et des jeux » n’est pas un slogan nouveau, mais quand même !

Reste que cette communion et ses rites prennent des formes très discutables quand elles conduisent à exprimer la liesse par la casse, ce qui fut le cas à Paris et dans de nombreuses villes de France après la victoire du PSG. Les sociologues parlent savamment de « carnaval », ce moment d’inversion des normes où les sages font les fous et les serviteurs prennent la place des maîtres. Il y a sans doute de la revanche sociale quand la jeunesse reléguée prend d’assaut les Champs-Élysées. On peut la juger durement, mais demandons-nous aussi quel avenir lui est ouvert.

Christine Pedotti dans le journal Témoignage Chrétien

 

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