Ce qui frappe dans la renaissance de l’extrême droite planétaire, de Trump à Poutine en passant par Orbán, c’est cette avidité pour l’argent comme nouvel attribut du pouvoir. Dans leur sillage se presse – et souvent cherche à devancer leurs désirs – un conglomérat de cupides. Hétéroclite aux États-Unis et en Russie du fait de l’étendue de ces empires régnant sur plusieurs fuseaux horaires, il se réduit dans chacun de nos pays européens à une phalange de quelques individus organisés s’intéressant à l’argent et aux médias, adeptes du « pile je gagne, face tu perds », bien décidés à être tour à tour faiseurs de rois et courtisans, mécènes et bénéficiaires et à toujours trouver comment se mettre dans la roue d’une victoire qu’ils tendent à faire croire, et leurs médias avec eux, inéluctable.
En France, la phalange des cupides aime à mettre en avant ces signes ostentatoires soi-disant ancrés dans leurs territoires, leurs églises de granit, leurs rites éculés, leurs abbés tradis, leurs œuvres caritatives, religieuses, parfois philanthropiques. Mais le sont-ils vraiment ? Et qui pour se laisser abuser de la sorte ? Certes, leurs porte-voix ne manquent pas : au menton protubérant et à la mâchoire carrée, à la frange sage ou à la queue-de-cheval espiègle, au zozotement calculé ou à la barbe faussement négligée, idiots et crétines utiles, ils attirent le chaland, bonimenteurs de l’excès, ils créent leurs clashs parfois même en direct pour gonfler l’audimat, susciter la polémique sur tout et n’importe quoi. Le cynisme est là, omniprésent. De la confusion naissent le chaos et la rage et s’agrègent les voix des « pour quelque chose » et celles des « contre autre chose », avec l’idée bien ancrée, elle, que leur heure est venue.
Et si, derrière les images pieuses, se cachait avant tout la volonté de profiter de la venue au pouvoir de dirigeants d’extrême droite surfant sur le populisme et la crainte du déclassement ? Et si, derrière les fariboles, la période laissait les sans-grade et les sans-gêne faire cause commune afin de permettre aux bien nés et aux bien mis de tirer les ficelles en frayant avec le peuple sans se désolidariser de leur caste, en s’encanaillant juste ce qu’il faut.
Contrecarrer ces mouvements nécessite un effort de tous les instants, une humilité non feinte, une volonté de concertation réelle, une conviction solide que du rassemblement naît une force supérieure à la somme des individualités, que le dépassement de la résignation à l’individualisme permet de déplacer les montagnes. Face à la force tellurique de l’extrême droite, une force politique seule ne viendra pas au bout des cupides et des cyniques.
Ne nous contentons plus de dire « non », créons les conditions qui nous permettront de dire oui au compromis, oui aux efforts proportionnellement répartis, oui à la prévention des conflits d’intérêt, oui à l’intérêt général. Il n’y a aucune fatalité. Les seuls combats sûrs d’être perdus sont ceux que l’on ne mène pas.
Le Cri est un magazine mensuel et un site internet lancés fin 2025 par deux associés, Paul Piccarreta et Théo Moy. Le Cri est né du fourmillement d’une génération de chrétiennes et de chrétiens qui cherchent à vivre d’une même intensité leur foi et leur engagement dans la société. Nous voulons mettre en lumière ce renouvellement d’un christianisme d’action sociale et d’émancipation. Mais Le Cri s’adresse aussi à tous les chercheurs de sens. Le constat est implacable : les crises écologiques, sociales et politiques épuisent tout le monde. Déception militante, burn-out écolo, fatalisme politique provoquent un intérêt grandissant pour les propositions spirituelles. Le Cri entend répondre à cette soif profonde de sens qui émerge dans la société.
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De ce fait, l’adage popularisé par le poète Jean de La Fontaine en guise de morale de la fable Le Loup et l’Agneau – « La loi du plus fort est toujours la meilleure » – est l’exact contraire de ce qui fonde le miracle du 9 mai 1950, où, dans la « déclaration Schuman », prévaut pour la première fois l’égalité des droits entre partenaires, point essentiel qui embarque l’Allemagne d’Adenauer dans l’aventure européenne. Voilà dépassée la logique des traités guerriers. Sans doute cette « égalité de droit » s’inscrit-elle aussi dans une forme d’humanisme distillé tant par la philosophie grecque et le juridisme romain que par le christianisme qui irrigue l’histoire européenne.
Dans le même temps, il est toujours sage d’écouter Blaise Pascal lorsqu’il rappelle que « la justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite parce qu’il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste ».
Pascal nous plonge au cœur du destin européen. Aujourd’hui, au sein de l’Union européenne, c’est avant tout la primauté du droit européen, au sein des différents ordres juridiques, qui garantit à chacun de ne pas subir l’adage de Jean de La Fontaine. Le projet européen est puissant sur notre continent du fait de l’effectivité directe de ses lois.
Et nous voilà, à ce moment incroyable et terrifiant de ces premiers jours de 2026, devant un défi sans précédent lancé à notre communauté de destin, à nous Européens. Il nous faut, pour la première fois depuis presque un siècle, assumer, seuls au cœur du monde, l’impératif de Blaise Pascal, « faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste ». Avec la sortie assumée par les États-Unis de la famille bienveillante de la force du droit, l’Europe retrouve certes un destin singulier au cœur du monde, mais également une obligation de l’assumer pour exister encore.
L’atonie des dirigeants européens conforte la puissance de Trump. Ils faillissent et nous trahissent.
En acceptant l’agression américaine au Venezuela, Emmanuel Macron s’est discrédité et a abandonné toute capacité d’agir. C’est donc sans lui qu’il faut commencer à bâtir le futur.
Personne ne peut croire désormais que la politique de Donald Trump est intuitive, versatile ou erratique. En moins d’un an, le président américain a mis sur la table toutes les ruptures qu’il entend imposer à l’ordre du monde. Et l’Europe a fait l’autruche, systématiquement. Elle a cru calmer daddy en se comportant comme un vassal.
La hausse unilatérale des droits de douanes ? OK.
La hausse du budget de l’armement pour l’achat de ses armes aux États-Unis ? OK.
L’achat de gaz aux États-Unis en dépit des objectifs de décarbonation ? OK.
Le futur G20 dans la résidence privée de Donald Trump ? OK.
L’expulsion de l’Afrique du Sud du G20 ? OK.
Le bannissement du sol américain de l’ancien commissaire européen au numérique, Thierry Breton ? Silence.
Les sanctions invalidantes contre le juge français de la Cour pénale internationale ? OK.
L’humiliation de Zelenski ? Pas OK mais on va redoubler de flatterie.
La riviera à Gaza ? OK.
Le bombardement de l’Iran ? OK.
Le bombardement du Nigéria ce 25 décembre ? OK.
L’investissement aux États-Unis de 500 milliards du géant du médicament Sanofi ? OK.
Le soutien aux forces d’extrême droite inscrit dans le projet de sécurité nationale ? RAS.
On a un gros problème avec Donald Trump mais on a aussi un gros problème avec l’Europe. Cela fait longtemps que le projet européen est exsangue ; qu’il est largement contesté voire rejeté et surtout totalement périmé. Tous les dirigeants européens le savent mais ils n’ont pas de plan B. Ils ont peur.
En kidnappant le président vénézuélien, Donald Trump ne défend ni la démocratie ni le droit, mais impose la loi brutale des intérêts américains. Sa puissance s’affiche sans masque et menace le monde entier.
Après des mois de piraterie aux larges des côtes vénézuéliennes, l’armada américaine a kidnappé en pleine nuit le président vénézuélien Nicolas Maduro et sa femme. Il n’a jamais été question pour Donald Trump de rétablir la démocratie là où elle est malmenée depuis des années. Le mot n’a même pas été prononcé une fois lors de sa conférence de presse fleuve. Trump ne se présente pas comme un bushiste néo-conservateur ou comme le continuateur de Truman : il ne prétend pas faire la guerre au nom de valeurs mais au nom des intérêts des grands groupes américains, à commencer ce jour pour les compagnies pétrolières. Il met en œuvre son programme, réaffirmé il y a un mois dans la stratégie de sécurité nationale : America First.