Le sac à malheurs

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Extrait du livre "Le chemin des estives" de Charles Wright:

« Jour après jour, Parsac et moi mesurons à quel point le besoin de vider son sac est grand chez les gens que nous rencontrons. Chaque soir, c’est la même litanie de souffrances; en longues vagues, les peines et les difficultés de nos hôtes déferlent. Notre voyage est aussi cela: une longue-vue plongée dans le coeur de cette France de l’intérieur que nous découvrons épuisée,  à bout de forces. Dans les années 1950, le philosophe Emmanuel Mounier avait perçu que la société de consommation, alors balbutiante, allait faire naître de nouveaux types de souffrance. Aux « maladies de la misère », avec lesquelles l’humanité se coltinait depuis toujours, s’ajouteraient bientôt « les maladies du bonheur », ces maux inédits liés au bien-être, à l’opulence, à la consommation effrénée. La question de demain, prophétisait-il, serait la suivante: comment survivre spirituellement à toute cette richesse matérielle? De nombreuses personnes croisées lors de notre traversée du Massif Central semblent avoir contracté cette maladie des temps nouveaux. Ils souffrent de  solitude, de dépression, se sont enlisés dans l’ornière d’une vie sans goût. Ils ne trouvent plus de sens à vivre constamment sur la brèche, traqués par les téléphones portables, les e-mails, dans une société de l’urgence qui les soumet à des conditions d’incertitude constante et à une guerre économique dont ils ont l’impression d’être la chair à canon. L’injonction d’être performant, de réussir, les consume de l’intérieur. Ils aspirent confusément à sortir de cette société frénétique et de l’atonie spirituelle, à retrouver le goût de vivre, à renouer avec des choses simples. » (Pages 100/101)

 

Le chemin des estives

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"(...) Je dois faire mon coming out chrétien. J'ai bien conscience qu'afficher cette qualité n'est pas la meilleur façon d'entrer dans un livre. Avouer par les temps qui courent que l'enseignement d'un charpentier juif donne du sel à votre vie, la conduit même vers les profondeurs, c'est se condamner à récolter des haussements d'épaule. (...)

Après avoir fréquenté les cabinets ministériels, les maisons d'éditions et les rédactions des journaux, l'idée m'était venue de loucher du côté religieux. Il me semblait que la vie d'un mortel ne consistait pas seulement à produire et à consommer. Je trouvais que se vouer à la recherche de l'absolu n'était pas moins noble que faire carrière dans le conseil ou la com. Et puis j'avais le vague pressentiment que la soif qui me tourmentait, rien ni personne ne pourrait l'étancher, si ce n'est l'eau vive et fraîche que le Christ donne à la Samaritaine. En ces temps d'extinction de la foi, je faisais partie des derniers fidèles du Galiléen. J'appartenanis à la réserve d'Indiens. L'Occident traversait une nuit msytique, un sommeil de l'âme, moi je restai ébloui par la lumière qui irradiait de ce roi paradoxal monté non pas sur un destrier mais sur un ânon, cet homme solaire et doux qui bénissait les enfants, s'agenouillait devant les prostituées et donnait le baiser aux lépreux. Pour vivre dans son sillage, j'avais hanté des abbayes cisterciennes, je m'étais reclus dans des ermitages, j'avais partagé le sort de clochards et de divers autres naufragés. Ces expériences au long cours m'avaient communiqué une joie de vive mais toujours pas l'adresse où enraciner ma vie.

Jusqu'à présent, j'avais échoué à me stabiliser dans un coin du monde. Mon idéalisme impénitent se heurtait à des des déceptions continuelles. Chaque fois, il fallait que j'aille voir ailleurs. C'est ainsi qu'au seuil de mes trente-sept ans, j'ai frappé à la porte du noviciat des jésuites, 20, rue Sala, à Lyon." 

Pages 20/21/22 du livre "Le chemin des estives"  de Charles Wright, collection livre de poches "J'ai lu".

ISBN: 978-2-290-36245-7

Prix: 8€

 

Estampas de Platero y yo

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"Estampas de Platero y yo" est un livre en Espagnol édité par la maison d'édition espagnole Vicens Vives (1). Imprimé pour la première fois en 2005, il a été ré-imprimé 14 fois depuis sa première parution. C'est dire le succès de ce livre en Espagne mais aussi hors d'Espagne.

Il intéressera les parents, les grands-parents qui parlent, écrivent, lisent l'Espagnol pour eux-mêmes mais aussi pour leurs enfants, leurs petits- enfants. Il intéressera aussi les élèves des collèges et des Lycées qui étudient l'Espagnol.

"Platero y yo" a été écrit par Juan Ramón Jiménez (2), en 1914. C'est le plus célèbre de ses textes. En 1956 l'auteur a reçu le prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son oeuvre poétique.

Juan Ramón Torregosa a choisi d'éditer 35 textes de l'oeuvre originale. Jesús Gabán les a magnifiquement illustrés de ses très beaux dessins. 

Le groupe d'hispanisantes et d'hispanisants de la paroisse Notre Dame de l'Avance de Casteljaloux, animé par Marie-Christine Queyreur, professeur d'Espagnol, a traduit le texte espagnol de présentation d' "Estampas de Platero y yo".

En voici la traduction:

Images de Platero et moi.

Platero et moi, l'oeuvre la plus universelle de Juan Ramón Jiménez (1881-1958), est un de ces livres qui, dans son apparente simplicité, enferme les plus profonds secrets de l'âme humaine. Le poète, dans ses promenades dans Moguer (3)), son beau village natal, partage avec son attachant âne Platero, ses impressions et sentiments, et, ensemble, ils s'immergent dans la vie quotidienne des gens du village, dont Juan Ramón fait le portrait avec affection, tendresse et sympathie.Son regard bon et tendre s'arrête, surtout sur les plus humbles et déshérités, et, à contempler la cruauté, la misère et l'injustice, le poète de Moguer se révolte. Mais la nature est aussi protagoniste de l'oeuvre. Animaux, fleurs, oiseaux, sons, couchers de soleil, parfums, couleurs ...défilent devant nos sens, et dans la beauté du paysage combleront le poète et Platero, le plus humain des animaux, leurs plus pures et élevées aspirations: une vie spirituelle riche et intense, un désir de paix et d'harmonie, de fraternité et de tolérance, une soif, en somme, de bonheur.La présente sélection de Platero et moi a pour but d'approcher une nouvelle génération de jeunes lecteurs du riche univers poétique de cette oeuvre singulière. Les illustrations lyriques de Jesús Gabán et les notes sur le texte de Juan Ramón Toregrosa contribueront de manière décisive à changer la lecture de ce livre en une expérience inoubliable.

 

André Lugardon

(1) Maison d'Edition Vicens Vives: https://www.vicensvives.com/ "Estampas de Platero y yo". ISBN/EAN: 9788468278919. Prix: 9€98.

(2) Juan Ramón Jiménez, né en Andolousie en 1881, est mort en 1958. à Porto Rico. Plusieurs tragédies ont marqué sa vie: la mort de son père lorsqu'il était enfant qui a plongé sa famille dans la misère, la guerre civile d'Espagne qui l'a contraint à l'exil, la mort d'un cancer de la femme qu'il a aimé. Dans son oeuvre poétique il y a souvent une quête de Dieu. 

(3) Moguer est une commune de la province de Huelva dans la communauté autonome d'Andalousie.

 

 

Citation:



« Je te porterai, Moguer, dans tous les lieux et dans tous les temps, tu seras pour moi immortel, mon pauvre village, en dépit de ceux qui t'exploitent. »

« Je t'ai dit, Platero, que l'âme de Moguer c'était le vin, j'avais dit une stupidité, n'est-ce pas ? Non, l'âme de Moguer c'est le pain. Moguer est comme un pain de froment, blanc à l'intérieur comme de la mie, et doré autour — oh soleil qui brunit ! — comme la tendre croûte. »

(Source fiche Wikipédia sur l'auteur)

Aimez-vous les uns les autres

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"Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé."

 Notre époque donne trop souvent l'impression que nous sommes surtout dans la détestation des uns et des autres. Voici quelques morceaux choisis de ce qu'écrit André Comte-Sponville sur l'Amour dans son livre "Le plaisir de penser".

"L'amour est le sujet le plus intéressant. D'abord, par le bonheur qu'il promet ou semble promettre,  voire par celui, parfois, qu'il menace ou fait perdre. (...)"

"Il faut donc aimer l'amour ou n'aimer rien - il faut aimer l'amour ou mourir; c'est pourquoi l'amour, non le suicide, est le seul problème philosophique vraiment sérieux. (...)"

" C'est l'amour qui sauve; c'est donc lui qu'il s'agit de sauver. (...)"

" On peut aussi aimer Dieu, si l'on y croit. Et croire en soi, si l'on s'aime aui moins un peu. (...) "

"Il y a l'amour selon Platon: "Je t'aime, tu me manques, je te veux". Il y a l'amour selon Aristote ou Spinoza: "Je t'aime: tu es la cause de ma joie, et cela me réjouit." Il y a l'amour selon Simone Weil ou Jankélévitch: "Je t'aime comme moi-même, qui ne suis rien ou presque rien; je t'aime comme Dieu nous aime, s'il existe; je t'aime comme n'importe qui : je mets ma force au service de ta faiblesse, mon peu de force au service de ton immense faiblesse." Il y a l'amour qui prend ou qui convoite, qui ne sait que jouir ou souffrir, que posséder ou perdre; l'amour qui se réjouit et partage, qui veut du bien à celui qui nous en fait; enfin l'amour qui accepte et protège, qui donne et s'abandonne, qui n'a même plus besoin d'être aimé, l'amour sans possession et sans rivage. Je t'aime de toutes ces façons. (...) Je me donne et m'abandonne doucement. (...) Merci d'exister et de m'aider à exister. (...)"

"Aimer c'est se réjouir." (Aristote)

"L'amour consiste plutôt à aimer qu'à être aimé. Ce qui le montre bien, c'est la joie que les mères ressentent à aimer leurs enfants.  Certaines ont beau les mettre en nourrice, elles les aiment en sachant  qu'ils sont leurs enfants, sans chercher à en être aimées en retour, si cela n'est pas possible. Il leur paraît suffisant de les voir heureux; et elles aiment leurs enfants même si ces derniers ne leur rendent rien de ce qui est dû à une mère, à cause de l'ignorance où ils se trouvent." (Aristote)

"Aimer, c'est vouloir pour quelqu'un ce qu'on croit lui être un bien, eu égard à son intérêt et non au nôtre, et aussi être disposé, dans la mesure de notre pouvoir, à réaliser ce bien. (...)" (Aristote)

"Aimer, cela aussi il faut l'apprendre." (Fiedrich Nietzsche)

 

Source: André Comte-Sponville dans "Le plaisir de penser" aux éditions Vuibert, 555 pages. ISBN: 978-2-311-15008-7. Prix:19,90 €. Extraits des pages 103/104/105/113/115/125/126/127/129.

 

 

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