Epidaure

Rédigé par yalla castel - - Aucun commentaire

Brigit Descot nous écrit de Grèce où elle se trouve actuellement:

Parlant de la Grèce, si vous entendez prononcer le nom d’ Epidaure, vous pensez au grand théâtre antique. Vous avez raison.

Néanmoins, je veux parler de l’ancienne Epidaure, la bourgade. Lorsque vous vous trouvez sur la route, si vous n’êtes pas familiarisés avec le grec ancien et le grec moderne, vous ne l’atteignez pas sans quelques difficultés, les panneaux la nomment Archea Epidavros, ou Palea Epidavros, et plusieurs routes mènent à elle. Assoupie, elle n’en à que faire. Dépliée sur la côte est du Péloponnèse au bord du golfe Saronique, étalée, lourde de centaines de siècles depuis les guerres Médiques et plus avant jusqu’au premier ministre Alexis Tsipras, longs et pétris, chargés, retentissants de combats et de paix, d'édifications et d’effondrements, de déploiements et de ployages , de vie et de mort et de vie, elle garde avec simplicité tout ce qu’elle a enfoui au plus profond d’elle-même et renonce à se mirer dans les eaux calmes vert-bleutées .

C’est que l’heure est à la suspension fortifiée par l’immuabilité des montagnes à frougana (1), surgies d’elles et les enserrant . 

 Effleurie par ses toits rouges , elle garde un œil sur ses oliveraies argentées et ses orangeraies aux vives couleurs ensoleillées dont les effluves mêlées à celles de plantes telles sauge, thym, origan réjouissent le souffle de l’air. Elle protège ses habitants paisibles,détachés et rassurés , descendants de paysans, marins et pêcheurs, âpres aux luttes de toutes sortes, besogneux et vigoureux. A son approche, elle s’ éveille et montre mollement sous ses toits rouges des ruelles pavées, endormies sous une chaude torpeur, embellies de bougainvilliers violets, rouges ou blancs et de fleurs odorantes débordant de jarres couleur de terre ocre qui débouchent sur des courettes ou des escaliers de pierre. Parfois, les venelles conduisent à des rues bordées de commerces alcyoniens (2), vétustes ou rénovés, d’hôtels aux hôtes prévenants et à la joie simple.  

Avec un petit sourire en coin, elle consent à dévoiler son petit théâtre découvert il y a quelques dizaines d'années, magnifique, endormi depuis bien vingt-trois siècles sous les oliviers et révélant la grandeur de son passé hellénique, petit frère du plus grand, le sublime. Émue, elle nous invite à rejoindre par des sentiers, le port. Là, son cœur bat. Une agitation tranquille. Des bateaux , de plaisance, de pêcheurs, barques, canoës, caboteurs, chalutiers accostent sans bruit, plaisanciers et pêcheurs, peaux sèches, brunies ou tannées se croisent et se saluent au rythme des “ Gia sas “ (3), lancés à tout vent. Répondent les sonneries des cloches aux lignes sonores énergiques émanant de l'église orthodoxe rutilante surplombant le port de sa sérénité bienfaisante.

Ainsi, de Zeus au Christ, du Mont Olympe au Golgotha, la terre et les eaux s’enlacent et rient le soleil et les astres de nuit et les mortels toujours enflammés de désir continuent à aller. 

(1) Frougana: type de végétation méditerranéenne comme la garrigue, le maquis mais propre à la Grèce. Il s'y trouve des arbousiers, des chênes, des genêts, de la sauge, du thym, de l'origan ...

(2) alcyoniens: https://fr.wiktionary.org/wiki/alcyonien

(3) Gia sas: aurevoir.

 

 

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