De l'Algérie d'aujourd'hui

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"Au désastre de la guerre des années 1990 se sont ajoutées des catastrophes naturelles dans les années 2000; des séismes à répétition, dont l'un a provoqué plus de 2000 morts, et des inondations tout aussi destructrices. Ces éléments sont importants, puisque chaque catastrophe se trouve reliée à la précédente, bien que de nature différente. Ces catastrophes sont associées par une commune appartenance à la sphère du tragique. (...)

Dans les discours des personnes en analyse se retrouve tel quel cet aspect du tragique, au point d'entendre parler "d'acharnement du sort", de "condamnation à la catastrophe" voire de "punition divine", ce qui évoque "la colère des dieux" dans la mythologie grecque. Cette collusion entre les monstruosités humaines des années de guerre et les ravages de la nature a eu pour effet une accentuation de la religiosité: prières, re-voilement des femmes, etc..., pour tenter de limiter "la colère des dieux".

Dans les deux cas, entre ciel et terre, Dieu était de mise: un Dieu obscur contre une nature peu clémente qui conduisait à faire appel à la protection du divin. Les cris silencieux de détresse lors des massacres et des meurtres durant ce que nous qualifions de "guerre intérieure" sont restés sans fin. Ils furent relayés par d'autres pertes humaines liées au dérèglement du ciel et de la terre. L'insensé de la barbarie des hommes se renforçait et se consolidait par les imprévus de la nature. Une étrange puissance de l'aléatoire régnait, alors que les sources et les causes échappaient à l'entendement.

Les questions relevant du "comment en sommes-nous arrivés là? " et "pourquoi ce déferlement de pertes hémorragiques?" - les morts, les disparus, les massacres et la barbarie - restaient lettres en souffrance.

Un désarroi massif s'est répandu, à partir de la dimension collective d'une détresse envahissante et insaisissable. Les bords du dedans et du dehors, si protecteurs habituellement, devenaient fragiles et poreux. Le tissu social s'est fragmenté et cela a propulsé les sujets dans des sentiments d'insécurité et de danger permanents. Cette situation nous conduit à penser que nous avons affaire à des subjectivités qui véhiculent un grave "trauma social" dont les causes et les remèdes se cherchent encore."

Source: "Le trauma colonial" de Karima Lazali aux Editions la découverte pages 19/20.

Karima Lazali est psychologue clinicienne et psychanalyste à Paris depuis 2002 et à Alger depuis 2006.

Aimer la vie malgré tout.

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Chant pour la belle saison

Rien ne ressemble plus à l’inspiration
Que l’ivresse d’une matinée de printemps,
Que le désir d’une femme.
Ne plus être soi, être chacun.
Poser ses pieds sur terre avec agilité.
Savourer l’air qu’on respire.

Je chante ce soir non ce que nous devons combattre
Mais ce que nous devons défendre.

Les plaisirs de la vie.
Le vin qu’on boit avec des camarades.
L’amour.
Le feu en hiver.
La rivière fraîche en été.
La viande et le pain de chaque repas.
Le refrain que l’on chante en marchant sur la route.
Le lit où l’on dort.

Le sommeil, sans réveils en sursaut, sans angoisse du lendemain.

Le loisir.

La liberté de changer de ciel.

Le sentiment de la dignité et beaucoup d’autres choses

Dont on ose refuser la possession aux hommes.

J’aime et je chante le printemps fleuri.

J’aime et je chante l’été avec ses fruits.

J’aime et je chante la joie de vivre.

J’aime et je chante le printemps.

J’aime et je chante l’été, saison dans laquelle je suis né.

Robert Desnos

https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Desnos

Michel Serres

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Photo Yam Bamb

« Il est arrivé dans nos pays une grande transformation produite par des causes que nous connaissons bien : l’augmentation de l’espérance de vie, la disparition progressive de la culture rurale – nous étions 50 % de paysans et nous ne sommes plus que 2 % -, les nouvelles technologies, la mondialisation de l’économie, les problèmes environnementaux tragiques, et surtout 70 ans de paix, ce qui n’est jamais arrivé dans notre histoire. Et nous sommes entrés par conséquent dans une période en rupture totale avec ce que l’on a connu. Ce n’est plus le même homme, ce n’est plus la même vie, ce n’est plus la même mort, ce n’est plus le même espace, ce ne sont plus les mêmes relations. »

Michel Serres (1er septembre 1930/1er juin 2019)

https://www.letemps.ch/societe/michel-serres-lespece-humaine-constituee-braves-gens

Je consomme donc je suis

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Nous avons souvent traité du bonheur comme s'il dépendait de facteurs matériels - la nourriture, l'hygiène ou la richesse. Et pourtant, le plus souvent, il est d'abord lié à nos attentes. Or, si notre situation s'améliore, nos attentes augmentent, ce qui ne rend pas les hommes plus satisfaits que leurs ancêtres.... Le capitalisme et le consumérisme, à la différence des systèmes religieux et idéologiques précédents, qui nous invitaient à nous satisfaire de notre condition, nous répètent que nous devons sans cesse en vouloir plus. Quels sont nos grands mythes actuels ? On pourrait citer Dieu, les Etats-Unis ou Apple.... Mais le mythe du "consumérisme" romantique, selon lequel il suffit d'acheter quelque chose pour résoudre ses problèmes, est sans doute l'un des plus puissants qu'Homo sapiens ait jamais inventé. De plus en plus d'hommes croient en cette histoire basique.

Celà peut être une nouvelle voiture, un cours de yoga, une place de cinéma, mais c'est toujours quelque chose que vous consommez. Acheter devient même une activité politique : on boycotte tel produit, venu de tel endroit, fabriqué par telle société, et on manifeste sa position citoyenne. Ce mythe du consumérisme transcende toutes les frontières. Peu importe que vous soyez chrétien, juif, musulman ou hindou, que vous viviez en France, en Israël ou en Chine."
 

Yuval Noah Harari dans "Sapiens, une brève histoire de l'humanité".

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