La retirada

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"La Retirada, ce terme n'est pas assez fort pour désigner ce qu'ont enduré les républicains espagnols, durant leur "retraite" du 29 janvier au 13 février 1939, point final de la guerre d'Espagne commencée en 1936.

C'était il y a soixante-dix ans.

A la vieille de la Seconde Guerre Mondiale, après la défaite de l'Ebre, les troupes franquistes venaient de s'emparer de Barcelone.

Durant les premiers jours de février 1939, près d'un demi-million de personnes traînant une simple valise ou un pauvre baluchon se jetèrent sur les routes et les chemins traversant les Pyrénées, parfois à dos de mulet, dans la neige et le froid.

 

Tous les points de passage sont concernés: le col du Perthus comme la route de Cerbère. Par crainte de débordement, les autorités françaises font appel à des gardes mobiles et à des tirailleurs sénégalais. Des convois de réfugiés partent en direction du Boulou, une petite station thermale reconvertie en camp de triage. Ils ne peuvent pas imaginer qu'ils vont se retrouver dans des camps.

Les réfugiés savaient, par les articles des derniers journaux publiés en Catalogne, que le chef du gouvernement français, Edouard Daladier, avait fait partie du Front populaire dirigé par Léon Blum. Ils s'imaginaient  qu'on parlait Espagnol à Perpignan, dans cette France qui se disait la meilleure alliée de la Republica.

Le gouvernement de l'époque panique face à l'un des premiers grands exodes des temps modernes. Prises de court pour "héberger" les réfugiés, les autorités ouvrent un premier camp à la hâte sur la plage d'Argelès. Le premier "camp de concentration" dans la France des droits de l'homme.

77 000 réfugiés sont internés au camp d'Argelès-sur-Mer, dont un grand nombre de volontaires des Brigades internationales. Des baraques sont sommairement construites en bord de mer, sur des terres marécageuses. Il y a des épidémies de gale et de typhus; les enfants meurent pas dizaines.

Plus loin, apparaissent les barbelés des camps de Barcarès, Rivesaltes, Agde, Bram et Saint-Cyprien. Au total, trois prisons et quinze camps d'internement. Le terme de "camp de concentration" peut choquer, il est pourtant couramment utilisé dans les documents administratifs de l'époque. "Le camp d'Argelès-sur-Mer ne sera pas un lieu pénitentiaire mais un camp de concentration. Ce n'est pas la même chose", déclare en 1939 le ministre de l'intérieur Albert Sarrault. Il lâche surtout cette phrase devenue historique, le 1 er février de la même année, au Perthus: " C'est bien simple, les femmes et les enfants, on les reçoit; les blessés, on les soigne; les valides, on les renvoie."

Voilà ce qu'offre la France à ces étrangers qui semblent représenter une menace. Mais quelle menace?

Le danger est pourtant ailleurs avec Hitler.

La presse se déchaîne contre ce déferlement des "hordes rouges et des bandits de grand chemin tentant d'échapper au glaive du justicier", sur le vieil air de la "France aux Français".

La haine de l'étranger est à l'oeuvre.

Seuls les journaux de gauche comme Le  Populaire, L'Humanité, Ce soir et la presse anarchiste, tous favorables à la République espagnole, demandent que l'on accueille dignement "les combattants de la liberté". Ils se font l'écho de l'appel lancé par diverses personnalités, telles que François Mauriac, Henri Bergson, Paul Valéry et Léon Jouhaux, afin que "la France accepte de soulager l'épouvantable misère des populations espagnoles refoulées vers les frontières". En vain.

Les officiers des gardes mobiles regardent avec mépris cette armée en retraite, cette "canaille marxiste" qui chante L'Internationale.

Ils ignorent encore que, quelques mois plus tard, ils connaîtront le même sort face aux blindés allemands."

Source: LA RETIRADA aux éditions Actes Sud, 2009; ré éditée en 2020.

 

 

 

 

Toussaint 2020

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Parfois les absents sont là

Plus intensément là

 

Mêlant au dire humain

 

Au rire humain

 

Ce fond de gravité

 

Que seuls

 

Ils sauront conserver

 

Que seuls

 

Ils sauront dissiper

 

Trop intensément là

 

Ils gardent silence encore.

 

François Cheng

 

L'Histoire se répète

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Guy Monnerot est né le 7 décembre 1931 à Bergerac. Il est assassiné le 1er novembre 1954 en Algérie où il avait obtenu un poste d'instit avec sa femme. Tous deux faisaient partie du mouvement "L'Ecole Emancipée".

 

Pour en savoir plus:

https://maitron.fr/spip.php?article145932

https://www.lepopulaire.fr/limoges-87000/actualites/le-1er-novembre-1954-guy-monnerot-tombe-sous-les-balles-du-fln-la-guerre-dalgerie-debute_11201184/#refresh

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cole_%C3%A9mancip%C3%A9e

Ce n'était pas un grand bavard

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Pour ceux qui connaissaient bien Papa, ce n’était pas un grand bavard mais si vous le lanciez sur un sujet qui l’intéressait, vous auriez vite compris combien il pouvait en parler et partager ses passions avec les autres.

Il était comme cela, de nature réservée, discrète mais aussi généreux sur le partage de ce qui le passionnait.


Sa passion, c’était de voler et elle a commencé tout petit déjà, quand il a voulu sauter en parachute depuis le toit de la maison de papi et mamie. Sauf que son parachute c’était un parapluie. Mais heureusement, on l’en a dissuadé avant d’essayer.


Oui, voler, c’était sa passion, le pic d’adrénaline de s’élever vers les nuages... une dernière fois.

Si il y a bien une chose que j’aurai appris de cet accident, c’est à quel point la vie est courte. Tout peut s’arrêter en un instant. Chaque jour, il faut profiter de la vie comme si c’était le dernier. Parce qu’on ne sait jamais de quoi demain sera fait. Et ne jamais rien regretter.

On remet souvent à plus tard, nos projets, à plus tard, les discussions avec nos amis, notre famille, à plus tard, nos envies... jusqu’à qu’il soit trop tard...

Alors bien sûr, on ne peut pas vivre continuellement avec la peur de l’accident, du dernier battement de cœur mais plutôt que de compter les jours, faire en sorte que chaque jour compte.

Profitez de la vie tant qu’il y en a et partagez-la avec les êtres qui vous sont proches car comme disait Albert Schweitzer « Le bonheur est la seule chose qui se double si on le partage »

Benoit Labadie

Papa

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Alors voilà, tu as décidé de te la jouer comme le soir du mariage de Lucie et Jordan. Pas le temps de se retourner que tu n'es plus là.


Oh tu avais juste décidé de rentrer à pied à 2h du matin !


Ça c'était toi, tu savais ce que tu voulais et tu faisais en sorte de le réaliser, sans attendre des autres.

Je voulais te dire que j'ai mis du temps à accepter d'avoir un père si silencieux et absent.

J'espérais que tu changes jusqu'à ce que je comprenne ce que tu m'as transmis en étant toi.

Tu m'as appris à être autodidacte, à ne pas me fier à la réussite scolaire, au titre ou au diplôme pour juger de l'intelligence d'une personne.


Tu m'as appris à oser prendre des risques pour réaliser ses rêves. Vivre c'est risquer de mourir mais ne pas vivre pour essayer d'éviter la mort est pire.


Tu m'as appris l'art de la communication non-verbale ; voir l'autre au-delà des mots et tout ce que l'on voit et ressent quand on se tait.


Tu m'as appris à ne pas me satisfaire du superficiel.


Tu m'as appris que le langage de l'amour ne ressemblait pas nécessairement à des mots ou des actes isolés.


Tu m'as appris à me méfier des conducteurs avec un chapeau.


Tu m'as appris à me débrouiller par moi-même et à me batte pour être libre, à aller au-delà des normes et des dogmes établis.


Tu m'as appris qu'on pouvait être absent et pourtant bien présent dans le cœur et qu'être là physiquement n'est pas toujours synonyme de présence.

Pour tout cela et pour les leçons que je n'ai pas encore perçues ou assimilées, je te remercie d'être resté toi.

Repose en paix, tu as fait ta part.

Laure

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