Des écureuils et de l'au-delà

Rédigé par yalla castel - - 7 commentaires

Dans son livre « Promesses de l’aube », Romain Gary affirme que l’échec du communisme découle de l’échec du christianisme à faire une société fraternelle. J’ai envie aujourd’hui d’écrire que l’échec du catholicisme découle de l’échec du communisme à faire une société fraternelle. Bien que cela ne soit pas comparable et de même nature je crois que les affaires de pédophilies sont une tâche sur le catholicisme comme le sont les crimes commis au nom du communisme. Dans l’opinion publique le résultat est catastrophique.

 

Divorcé, remarié,re-divorcé, vivant aujourd’hui en couple hors du mariage, je ne communie pas même quand je suis à 600 kms de chez moi dans une église où personne de me connaît. Je ne demande rien à l’église catholique et à ses prélats, je n’exige rien. Je ne juge pas. Je ne condamne pas. Je n’ai pas de solutions à proposer pour que tout aille mieux.

 

Je suis un pur produit de l’école laïque et républicaine. Et je peux affirmer à ce titre que l’église catholique n’a pas le monopole des tordus en tous genres. Je ne veux me souvenir aujourd'hui que des personnes qui ont marqué mon enfance, mon adolescence, ma vie adulte. J’ai rencontré et j’ai été accompagné par des personnes vraiment bien ; cathos ou pas, cocos ou pas.

 

Pourquoi je suis toujours et malgré tout ce qui passe, toujours et depuis toujours, en contact avec des cathos ? Peut-être à cause de l’histoire suivante :

 

A la fin des années cinquante, j'ai été l'élève de CP de ma mère, institutrice en classe unique à Lussolle, Landes. Je me souviens d'un automne où un grand de la classe de certificat d'étude nous a emmené un matin un couple de bébés écureuils. Ma mère les a adoptés tout de suite. Ils passaient la journée d'école avec nous; se déplaçant d'un bureau à l'autre, d'un élève à l'autre. Ils trottaient sur nos tables de travail, reniflaient nos encriers. Et quand ils en éprouvaient le besoin, ils dormaient dans nos casiers ou dans nos cartables. Nous ne faisions pas de bruit pour ne pas les effrayer, pas de gestes brusques non plus. Pas d'agitation intempestive. Au lieu de perturber la classe, ils la pacifiaient. Au lieu de rêvasser et de laisser vagabonder notre imagination, nous les regardions, nous les observions. Pendant plusieurs semaines, ils ont enchanté nos journées « studieuses ».

Le soir, ma mère les ramenait à la maison. Il n'y avait pas la télé chez nous et pas de chauffage central. Juste une très grande cheminée. Je me couchais plus tôt que les enfants d'aujourd'hui. Avant d'aller au lit, je mettais les deux écureuils dans une boîte à chaussures remplie de vieux chiffons. Je la fermais en mettant le couvercle dessus et je déposais le tout dans un coin de la cheminée, à l'écart du feu qui, dans la nuit, s'éteignait. Mes écureuils passaient la nuit au chaud.

Il en a été ainsi pendant plusieurs semaines. Je me suis attaché à eux comme les enfants savent s'attacher aux animaux domestiques. Mais les écureuils ne sont pas des animaux domestiques. Un matin, au moment de partir pour l'école, plus d'écureuils dans la boîte à chaussures. Ma mère m'a dit, pour calmer mes pleurs, qu'ils avaient grandi et qu'ils s'étaient échappés pour vivre en forêt leur vraie vie d'écureuils. A l'époque, j'ai accepté cette explication qui m'a apaisé.

Mais des années plus tard, je me suis demandé si, en fait, notre chat ne les avait pas tués et si ma mère ne m'avait pas protégé de cette cruauté de la vie animale en me racontant une belle histoire à dormir debout.

Les années ont passé, j'ai oublié cette période de mon enfance, puis ma mère est décédée brutalement. Je m'étais préparé à sa mort, car je la voyais décliner doucement, mais je n'avais pas imaginé que cela irait si vite. Nous habitons aujourd'hui dans une maison entourée d'arbres, d'arbustes, de haies non taillées, c'est une véritable petite forêt vierge aux portes d'une petite ville d'Aquitaine. Le lendemain de la mort de ma mère, mon plus jeune fils a trouvé un bébé écureuil tombé du nid au pied d'un de nos arbres. Il était entre la vie et la mort. Il l'a emmené dans sa chambre. Je lui ai raconté ma mère, Lussolle, la boîte à chaussures. Il lui a donné à boire, à manger et j'ai pensé l'écureuil sauvé. Il gambadait allégrement partout. A notre retour des obsèques de ma mère, nous l'avons trouvé mort.

Je me suis alors senti à nouveau très mal. C'était comme une deuxième mort de ma mère. Elle me disait définitivement à Dieu.

Le temps a continué de passer. Un couple d'écureuils vit en permanence chez nous depuis plusieurs années maintenant. Tous les ans, ils ont des petits. Plusieurs fois par mois, je les vois sauter de branches en branches, s'approcher de la maison, de ses noyers, de ses noisetiers. Ils viennent visiter les mangeoires à oiseaux proches des baies vitrées.

Je les regarde, je pense à ma mère, à la vie qui coule de plus en plus vite comme le sable du sablier dont je voudrais pouvoir retenir les grains dans ma main. Le temps s'enfuit inexorablement. Les images du passé s'estompent de ma mémoire. Ainsi que le chagrin de la perte des êtres chers.

 

(Mercredi 29 août, en début de matinée, ma fille cadette a donné vie à ma quatrième petite fille. En début d'après-midi mon père a cessé définitivement de respirer pour toujours. Je n'ai pas beaucoup dormi le soir. Je me suis levé Jeudi matin avec le jour. Je me suis mis à écrire sur mon ordi installé devant une baie vitrée de notre maison. Et soudain un bébé écureuil est descendu des arbres qui touchent la maison. Il est  venu à la baie vitrée et il m'a regardé d'un oeil stupide, c'est joli un écureuil mais pas très malin. Il ne se souvient jamais où il a caché ses provisions d'hiver. Il est tout le temps en train d'en faire partout. C'est ainsi que pousse autour de la maison des noyers, des noisetiers, des châtaigniers que je n'ai jamais plantés. Bien entendu bien que ça soit complètement irrationnel je n'ai pas pu m'empêcher de penser que ma mère venait m'apporter son soutien et j'ai pleuré en silence pendant un long moment et puis après je me suis senti en paix.)

 

Ainsi soit-il.

 

Colibri Cx

 

 

 

 

A lire et faire lire sans modération

Rédigé par yalla castel - - 1 commentaire

"Promenade autour d'Hoan Kiem" est un livre de Philippe Mary. Jean est le personnage fil conducteur de ce roman historique.  Son père, Français de Normandie, perd dans un bombardement anglo-américain une partie importante de sa famille. Il se retrouve un peu perdu à la libération. Il erre un peu paumé dans un pays ravagé par 5 ans de guerre. Il finit par s'engager dans l'armée française. Il participe à la guerre d'Indochine. Et c'est dans ce pays qu'il rencontre une jeune femme. Ils se marient. Ils ont des enfants. La guerre d'Indochine terminée: retour en France. Jean y naît, y grandit, va à l'école. Très vite s'installe en lui un sentiment de différence avec les enfants de son âge. Il n'est pas tout à fait pareil. Il est très "eurasien". En dedans et au dehors, il y a en lui de la France et de l'Indochine. Le livre est donc une quête d'identité, un chemin de réconciliation avec les siens appartenant à deux mondes différents, deux cultures différentes. J'ai aimé dans ce livre les faits historiques rapportés par l'auteur, les descriptions des êtres humains emportés par les tourmentes de l'Histoire. Ce livre n'est pas un règlement de compte, il n'y a pas les bons et les méchants. Il y a des hommes et des femmes qui font face des deux côtés à des drames historiques. Ils choisissent la liberté de s'aimer malgré tout, de se sauver mutuellement. Jean sauve la vie d'une jeune femme qui plus tard sauve le jeune homme qui l'a sauvée. A eux deux, ils ne sombrent pas dans l'inhumanité des guerres. Ils sont emportés par la tourmente des événements qui leur échappent mais ils sauvent leurs âmes. Ils fabriquent de la vie, de l'espoir, de l'espérance. La vie l'emporte sur tout. Parce qu'ils ont choisi la liberté de s'aimer. Et ont su s'y tenir jusqu'à leur dernier souffle. Ce livre est bon pour le moral. Il nous invite à porter un autre regard sur le monde d'hier et d'aujourd'hui. A lire et faire lire sans modération.

 

Colibri Cx

 

Bakhita

Rédigé par yalla castel - - Aucun commentaire

"Les mots dans le journal célèbrent ce qui s'est passé le 1er novembre 1911. Le premier bombardement aérien de l'Histoire. Quatre grenades à fragmentation lancées d'une main par le pilote Gavotti au-dessus de la Libye. Personne alors ne se doute que cette guerre, courte et à la victoire facile, va réveiller le nationalisme dans les Balkans, car personne jamais ne voit venir les catastrophes humaines qui l'une après l'autre prennent leur place dans le monde, se succèdent pour perpétuer l'ensauvagement et le désastre commun. Les premières années du XXe siècle préparent la Grande Guerre, mais les conflits sont lointains et les morts ont peu d'importance. Il s'agit de désert et de colonies."

Extrait de "Bakita" de Véronique Olmi chez Albin Michel, page 373.

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