La vie est une chose merveilleuse

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« La vie est une chose merveilleuse et grande, après la guerre nous aurons à construire un monde entièrement nouveau et, à chaque nouvelle exaction, à chaque nouvelle cruauté, nous devrons opposer un petit supplément d’amour et de bonté à conquérir sur nous-mêmes. Nous avons le droit de souffrir, mais non de succomber à la souffrance. Et si nous survivons à cette époque indemnes de corps et d’âme, d’âme surtout, sans amertume, sans haine, nous aurons aussi notre mot à dire après la guerre. Je suis peut-être une femme ambitieuse: j’aimerais bien avoir un tout petit mot à dire. »

Etty Hillesum, décédée en 1943 à Auschwitz à l'âge de 29 ans.

Lettre ouverte à mes grands enfants.

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Voici venu le temps pour moi de me retirer, de m'effacer. Vous êtes grands maintenant. Vous avez des enfants. Vous êtes dans la vie active. C'est vous désormais qui écrivaient aujourd'hui et demain. J'ai fait mon temps. A vous désormais de faire le vôtre.  A l'approche des fêtes de Noël voici le cadeau que je vous offre cette année:
 
 
 
"Quand je m'y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent (...) j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre." (Blaise Pascal)

 "Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous et en notre propre être: nous voulons vivre dans l'idée des autres d'une vie imaginaire et nous nous efforçons pour cela de paraître. Nous travaillons incessamment à embellir et conserver notre être imaginaire et négligeons le véritable." (Blaise Pascal)

 "D'où vient donc cet écoeurement, ce mal-être qui se loge aussi bien dans la tête, dans la sensibilité, dans les tripes et qui emplit notre bouche de nausée? (...) On ne voit partout que corruption, injustice, odeur de mort. L'amour? Un mensonge vide de sens. La haine habite la planète, et jusque dans mon propre coeur." (Soeur Emmanuelle)
 
« Que le coeur de l’homme est creux et plein d’ordure. » (Blaise Pascal)

« Je ne connais pas le coeur d’un criminel mais celui d’un honnête homme et ce que j’y vois m’épouvante! » (Joseph de Maistre)

"Les trois démons humains selon les Romains: libido sentiendi, libido sciendi, libido dominandi. L'envie de sentir, l'envie de savoir, l'envie de dominer. " (Soeur Emmanuelle)

« Le pessimisme de la connaissance n’empêche pas l’optimisme de la volonté » (Antonio Gramsci)
 
" Tout le malheur des hommes vient de ce malentendu: Ce que Dieu prête tu dois savoir le rendre. Aucune chose sur terre ne t'appartient vraiment. Ni ta patrie dont tu parles ni la tombe qui te fera poussière parmi la poussière." (Yasmina Khadra)
 
"Les temps sont mauvais, soyons bons." (Saint Augustin)
 

Jean-François Sadys

Soif (2)

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"Mon père, qui ne m'exauce jamais, a des manières étranges de me manifester, comment dire, non pas sa solidarité, encore moins sa compassion, je ne vois pas d'autre mot en l'occurrence que celui-ci: son existence. Les Romains  commencent à comprendre que je n'arriverai pas vivant au Golgotha. Ce serait pour eux un échec cuisant: à quoi bon crucifier un mort? Alors ils vont chercher un type qui revient des champs, un fier-à-bras qui se trouve être un passant.

- Tu es réquisitionné. Aide ce condamné à porter sa charge.

Même s'il a reçu un ordre, cet  homme est un miracle. Il ne se pose aucune question, il voit un inconnu qui titube sous un poids trop lourd pour lui, il ne fait ni une ni deux, il m'aide.

Il m'aide!

Cela ne m'est jamais arrivé de ma vie. Je ne savais pas comment c'était. Quelqu'un m'aide. Peu importe ce qui le motive.

Je pourrais en pleurer. Parmi l'espèce abjecte qui se moque de moi et pour laquelle je me sacrifie il y a cet homme qui n'est pas venu se régaler du spectacle et qui, cela se sent, m'aide de tout son coeur.

S'il avait déboulé dans la rue par hasard et s'il m'avait vu tituber sous la croix, il aurait eu, je pense, la même réaction: sans réfléchir une seconde, il aurait couru me secourir. Il y a des gens comme ça. Ils ignorent leur propre rareté. Si on demandait à Simon de Cyrène pourquoi il se conduit de cette manière, il ne comprendrait pas la question: il ne sait pas qu'on peut agir autrement.

Mon père a créé une drôle d'espèce: soit des salauds qui ont des opinions, soit des âmes généreuses qui ne pensent pas. En l'état où je suis, je découvre que j'ai un ami en la personne de Simon: j'ai toujours aimé les costauds. Ce ne sont jamais eux qui posent problème. J'ai l'impression que ma croix ne pèse plus rien.

- Laisse-moi porter ma part, lui dis-je.

- Honnêtement, c'est plus facile si tu me laisses faire, répond-il.

Moi, je veux bien. Les Romains, ça ne leur va pas. Simon, brave type, essaie de leur expliquer son point de vue:

- C'est pas lourd, cette croix. Le condamné me gêne plus qu'autre chose.

- Le condamné doit porter sa charge, gueule un  soldat.

- Je comprends pas. Vous voulez que je l'aide, oui ou non?

- Tu nous emmerdes. Tire-toi!

Penaud, Simon me regarde comme s'il avait gaffé. Je lui souris. C'était trop beau pour être vrai.

- Merci, lui dis-je.

- Merci à toi, dit-il bizarrement.

Il a l'air tout chose.

Je n'ai pas le temps de le saleur davantage. Il faut que je continue d'avancer en traînant ce poids mort. Je constate ceci qui est imprévisible: la croix pèse moins lourd. Elle reste effroyable, mais l'épisode de Simon a changé la donne. C'est comme si mon ami avait emporté avec lui la part la plus inhumaine de ma charge.

Ce miracle, car c'est est un, ne me doit rien. Trouvez-moi un magie plus extraordinaire dans les Ecritures. Vous chercherez en vain."

Amélie Nothomb  dans "Soif" pages 74/75/76/77.

 

 

 

 

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