Louis Aragon

Rédigé par yalla castel - - Aucun commentaire

« La Rose et le Réséda »

À Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fût de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
A la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

Louis Aragon, « La Rose et le Réséda », mars 1943.
Repris dans La Diane française, Paris, Éditions Seghers, 1944.
© Éditions Seghers, 1944

Ils ont des yeux et ...

Rédigé par yalla castel - - Aucun commentaire

Il y a ce que je vois,

Il y a ce que je ne vois pas.

 

Et même si je crois tout voir

je ne vois que très peu.

 

Je ne vois que par la lumière

selon la lumière,

 

par mes yeux,

selon mes yeux

et selon l'état de mon corps.

 

Il y a ce que je crois voir qui n'est pas ce qui est :

seulement la projection de ma culture, de ma famille;

de mon appartenance à une classe sociale,

selon les mots que je connais,

selon ce que j'ai déjà vu,

selon ce que je veux voir et ce que je ne veux pas voir.

 

Gare à l'invasion d'images du temps présent qui remplit nos yeux et nos inconscients sans répit !!!

 

Comment pourrions-nous juger du présent et encore mieux de l'avenir si nous ne voyons que si peu ?

 

Ne pas juger les autres,

Ne pas se juger soi-même,

Quelle chance !

Quelle libération !

 

Et ainsi il nous reste du temps pour rire, chanter, écouter les autres et prier Dieu.

Classé dans : poésie - Mots clés : aucun

Aimer la vie malgré tout.

Rédigé par yalla castel - - Aucun commentaire

Chant pour la belle saison

Rien ne ressemble plus à l’inspiration
Que l’ivresse d’une matinée de printemps,
Que le désir d’une femme.
Ne plus être soi, être chacun.
Poser ses pieds sur terre avec agilité.
Savourer l’air qu’on respire.

Je chante ce soir non ce que nous devons combattre
Mais ce que nous devons défendre.

Les plaisirs de la vie.
Le vin qu’on boit avec des camarades.
L’amour.
Le feu en hiver.
La rivière fraîche en été.
La viande et le pain de chaque repas.
Le refrain que l’on chante en marchant sur la route.
Le lit où l’on dort.

Le sommeil, sans réveils en sursaut, sans angoisse du lendemain.

Le loisir.

La liberté de changer de ciel.

Le sentiment de la dignité et beaucoup d’autres choses

Dont on ose refuser la possession aux hommes.

J’aime et je chante le printemps fleuri.

J’aime et je chante l’été avec ses fruits.

J’aime et je chante la joie de vivre.

J’aime et je chante le printemps.

J’aime et je chante l’été, saison dans laquelle je suis né.

Robert Desnos

https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Desnos

8 juin 1945 - 8 juin 2019

Rédigé par yalla castel - - Aucun commentaire

Robert Desnos (4 juillet 1900 - 8 mai 1945)

Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu'il bat pour le combat et la bataille!

Ce cœur qui ne battait qu'au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit,

Voilà qu'il se gonfle et qu'il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine

Et qu'il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent

Et qu'il n'est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne

Comme le son d'une cloche appelant à l'émeute et au combat.

Écoutez, je l'entends qui me revient renvoyé par les échos.

Mais non, c'est le bruit d'autres cœurs, de millions d'autres cœurs battant comme le mien à travers la France.

Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces coeurs,

Leur bruit est celui de la mer à l'assaut des falaises

Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d'ordre :

Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !

Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,

Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères

Et des millions de Français se préparent dans l'ombre à la besogne que l'aube proche leur imposera.

Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées, du jour et de la nuit.

Pour en savoir plus sur Robert Desnos:

https://www.reseau-canope.fr/poetes-en-resistance/poetes/robert-desnos/

 

 

Fil RSS des articles de cette catégorie