Et si Madame Bovary avait eu Tinder…? (2)

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Aujourd’hui les journaux ne parlent plus d’amour. Et si l'on n’a pas le moral, aux prises d’une humeur morose sous les mauvaises étoiles d’un horoscope amoureux à zéro, les pouces quand à eux, toujours plus mobiles, agiles, continuent de glisser à la surface des relations virtuelles de Tinder, Happen, Grindr, eDarling ou autres plateformes de rencontres en ligne, surfant sur les vagues des répercussions affectives des conjonctures actuelles et des nouveaux codes, peut être un peu utopistes, du poly-amour. Sans trop vouloir dramatiser cependant, on aurait désormais tendance à penser qu'on ne pourrait plus dire comme Gustave Flaubert: "Madame Bovary, c'est moi! » ; quand peut-être…

 

Pourtant loin des grandes aspirations passionnelles de Madame Bovary, … toute femme actuelle notamment, aux antipodes même de l’image de cette Don Quichotte de la passion, perdue dans (les névroses) des nouveaux modernismes et du libertinage de pensée de la littérature romantique du XIXème, et à la fois soumise au code de son siècle et de son mariage forcé, pourrait aujourd’hui se trouver quelque peu irritée par cette lecture.

 

C'est que Madame Bovary, grande héroïne du roman de Flaubert, fait immédiatement référence à cette recherche d'un amour exclusif et absolu, tout comme elle incarne aussi la fin de tout espoir dans le domaine amoureux. Maintes et maintes fois, la vie d'Emma Bovary nous ramène à l'histoire d’un échec personnel et à une idée de l’amour directement liée à la défaite, à la déroute. Bloquée entre romantisme et réalisme, elle représente l'impossibilité de l'amour dans une société régie par les conventions catholiques et les codes bourgeois du dit «monde moderne», peut être pas si éloigné du notre finalement. Plusieurs philosophes et critiques contemporains notent et s’accordent aujourd’hui à dire que nous reviendrions à une perception pré-romantique de l’amour, proche de celle de la fin du XVIIIe siècle.

 

Plus d'un siècle et demi après la première publication du roman de Flaubert dans La Revue de Paris en 1858, un lien, presque intrinsèque, subsisterait encore entre ces deux versions de l’amour passé et futur, reconduisant éternellement au même désespoir et à l'étrange « sensation Bovary » de perdre sa vie dans des amours impossibles. Ou comme l'a souligné le philosophe américain Allan Bloom, à la fin, « les femmes comme les hommes se sentent emprisonnés par deux sentiments prédominants que sont l'ennui et l’érotisme ». En ce sens, ce roman nous ferait encore trembler…, trembler à l’instant même de cliquer à nouveau sur l’installation de quelques applications mobiles de site de rencontre.

 

«Au-delà d'une union amoureuse, il s’agit d’une découverte de l'autre, une découverte progressive, parfois difficile, mais le plus important ne se trouverait-il pas précisément dans cette surprise de l'autre? », déclare et interroge le philosophe et sociologue français Alain Badiou. «Sans cela, sans cette surprise de l'autre,… ne serait-ce pas là, à ce moment précis où l'on se retrouve à naviguer dans les eaux troubles du grand marché et du capitalisme de l'amour? »

 

Au final, à quel moment choisissons-nous de ne plus être surpris?! Parmi les facilités et les opportunités relatives proposées par certains algorithmes envoyés par les machines, parmi les règles du speed dating, les forfaits vacances tout compris pour célibataires et la bureaucratie des agences matrimoniales, comment ou depuis quand choisissons-nous de vivre l'amour sans avoir à vivre aucun événement contingent? Sans tomber irrévocablement dans le sentiment d'avoir trouvé un lien si spécial qu'il ne peut exister qu'entre deux personnes?

 

À cette question, le très controversé philosophe slovaque Slavoy Zizek, dans une conférence intitulée "L'amour comme catégorie politique", donnée en 2013(et toujours disponible sur YouTube), avance un commentaire intéressant: « nous voulons désormais les choses gratuitement, sans avoir à payer le prix pour celles-ci, pour ce que cela coûte et/ou vaut vraiment,… on veut du sucre sans calories, du café décaféiné, on veut de la bière sans alcool, des relations et du sexe sans risquer de tomber amoureux ». Selon le penseur, nous serions en train d’évoluer dans une société au sein de laquelle l'amour sans tomber est une offre possible, permettant maintenant de choisir de ne pas vivre cette rencontre soi-disant si dramatique ou violente émotionnellement car imprévisible.

 

Bref, l’amour en soi semble pourtant projeter à la fois une rencontre et une validation de l'autre dans sa diversité; deux événements où, comme le disait Simone de Beauvoir, « il ne s'agit peut-être que d'absurdité des idéologies mais, en somme, toute jouissance est projet! ». C'est peut-être en cela qu’Emma Bovary avait tort, car la littérature romantique relie l'amour au moment de la rencontre et de la mort, alors qu'en réalité, il représente avant tout ce qui se passe entre les deux.

 

Pour le français Alain Badiou, avec l'explosion d'Internet et des sites de rencontres, l'idée vendue est que les gens peuvent désormais concevoir ou modéliser l'amour à leur guise, sans inconvénient et selon des critères précis comme avoir les mêmes intérêts, les mêmes goûts, les mêmes orientations politiques, les mêmes références, etc. En fin de compte, ce serait là une version assez commerciale de la chose, comme s'il s'agissait d'un produit. Peut-être que Mme Bovary n'aurait pas beaucoup aimé que Tinder ne propose seulement qu’un bouton "intéressé" VS "pas intéressé", car entre ces deux options relativement extrêmes, il ne reste que peu de place au hasard et à l’inconnu.

 

Au sein du marketing généralisé de nos modernités qui cherche à structurer la vie des individus, le mot "intérêt" ainsi associé à l'amour pourrait peut-être représenter un certain risque d'installer et de normaliser une version absolument égocentrique de ce sentiment ; ce risque de transformer peu à peu la relation à l'autre en une espèce de contrat entre des intérêts personnels échangés. Cependant, et pour ne parler que de Tinder, l'Uber du date en ligne, en 2017 et 2018 les chiffres étaient éloquents: plus de 110 millions de téléchargements de l'application, 50 millions de nouveaux clients hebdomadaires dont plus de 2 millions d'abonnés payants et le résultat, 1,5 million de rendez-vous par semaine. Malgré un marché très concurrentiel, en moins d’une demi-décennie, la plateforme de rencontres est devenue une référence mondiale.

 

Pour finir, aujourd’hui le plus triste demeure peut-être en ce que Zizek exprime ironiquement comme "un bouddhisme hédoniste pseudo occidental » qui, selon cette idéologie du New Age, dicterait et/ou permettrait de justifier de nouveaux modes de pensée tels que: « croyez en vous-même - vivez votre vie - ne vous liez pas aux choses ou pas trop aux gens - la vie est un jeu d'apparence et d’illusions, ne la prenez pas si au sérieux - réalisez votre vrai potentiel ... », etc. Une lecture du monde qui semble donc accompagner parfaitement nos sociétés modernes et nos attitudes consuméristes. Dans un univers où tout a un prix, ce qui est gratuit est suspect. Et comme on dit sur Internet, «si c'est gratuit, c’est que le produit c'est vous! ».

 

Si de nos jours ouvrir Tinder sur son smartphone pourrait presque s’assimiler à la chasse aux Pokémons par géolocalisation, l'amour lui-même ne semble toujours pas être un jeu, et l’autre pas non plus un jouet. L’amour peut aussi se montrer très violent, se convertir en une mise à l’épreuve voire parfois, devenir une zone à risque. Beaucoup de gens meurent encore par amour. le fait est que dans nos sociétés occidentales tous les effets les plus néfastes de la passion amoureuse représentent une catégorie entière du Droit et de la Justice Civile.

 

Mais à ce jour, après Mme Bovary et Mme de Beauvoir, après avoir lutté durant des décennies pour la libéralisation sexuelle puis le droit au mariage pour tous, nous vivons une époque où l’idée de « rencontrer l’amour de sa vie » serait davantage attribué aux conservatismes d'une bourgeoisie vieillissante, où le seul acte d'amour véritablement passionné semble presque avoir été reformulé comme un acte subversif en soi, voire même dangereux pour la société d’aujourd’hui, cette modernité du tout prévisible, basée sur des algorithmes.

M. Caroline Magnien

Source:

https://regiamag.com/silicon-modern-lovers/?fbclid=IwAR15An5xth5jLvIm_z7j1T3g3p4I5m8oGp460ffq_-SgJicQBgC4hB7BnQQ

Et si Madame Bovary avait eu Tinder…? (1)

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"Hoy los diarios ya no hablan de amor y si unx se siente con poco ánimo, bajo un horóscopo con cero estrellitas en amor, los pulgares se deslizan en la superficie de relaciones virtuales por Tinder, Happen, Grindr, eDarling u otras plataformas de dating en línea, tic tac tic tac, surfeando entre las olas de la moda actual y sus oleajes afectivos. Sin embargo y sin querer dramatizar, uno piensa que tampoco podría decir(se) como Gustave Flaubert: « Madame Bovary, soy yo », cuando tal vez

Es que Madame Bovary, gran heroína de la novela de Flaubert, remite de inmediato a esta búsqueda de un amor exclusivo y absoluto, así como también encarna el fin de toda esperanza en el ámbito del amor. Una y otra vez, la vida de la Emma Bovary reenvía a la historia de un fracaso personal y a una idea del amor directamente relacionada con la derrota. Ella, representa la imposibilidad del amor en una sociedad a la vez sujeta a las convenciones católicas y a los códigos burgueses del dicho « mundo moderno », bloqueada entre romanticismo y realismo. Varios filósofos y críticos contemporáneos notan y concuerdan en decir que estaríamos volviendo a una percepción del amor pre-romántica de los finales del siglo XVIII. 

A más de un siglo y medio de la primera publicación de la novela de Flaubert en La Revue de Paris en 1858, todavía permanecería una vigencia entre dos versiones del amor pasadas y futuras, llevando eternamente a la misma desesperación y la extraña impresión « onda Bovary » de perder su vida en amores imposibles. O como lo señaló el filósofo estadounidense Allan Bloom, al final las mujeres como los hombres se sienten presos por dos sentimientos predominantes que son el aburrimiento y el erotismo."

M. Caroline Magnien

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De la mort et des morts

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Nos grands-parents ont été marqués par deux guerres mondiales.

 

Nos parents ont été marqués par les anciens de 14/18 et par la seconde guerre mondiale.

 

Autrefois la mort était présente dans toutes les familles « au quotidien ». Pas de services d’urgence et de réa, pas de pompiers, de Samu, pas d’hôpital pour tous. Le plus souvent la mort survenait « à la maison et en famille ».

 

Avant 14/18, il n’y a pas de sécurité sociale, d’eau froide/chaude au robinet, de wc à l’eau potable dans la maison, il n’y pas l’électricité partout. Le chauffage central existe peu. La mortalité infantile est importante. Les vieux n’étaient pas aussi nombreux qu’aujourd’hui. La mort était fréquente et les causes pas toujours nommées avec exactitude.

 

La grippe espagnole, la tuberculose, la syphilis ont marqué « à vie » la jeunesse de nos parents et grands parents.

 

Nous, nous avons eu la chance de grandir avec la sécurité sociale dès notre enfance. Tous les ans nous avons vu les médecins, les chirurgiens, les dentistes, les laboratoires de médicaments faire des progrès incroyables. La tuberculose a disparu, les maladies vénériennes aussi. L’espérance de vie s’est allongée. La mort a reculé.

 

Il y a bien eu une alerte avec le Sida mais tout le monde n’était pas touché. Il y a bien de plus en plus de cancers. Mais bon an mal an il y a eu des progrès au niveau des traitements qui ont permis de parvenir parfois à faire encore reculer la mort. Il y a bien eu les accidents de voitures, de motos mais ils ont reculé en nombre.

 

Et puis soudain il y a eu le covid 19 pour nous rappeler combien nous étions mortels. Ce virus ignore les frontières, les races, les partis politiques, les systèmes économiques.

 

Pour échapper à la mort qui redevenait notre quotidien nous nous sommes arrêtés de vivre. Une très grande majorité d’entre nous ont accepté de se confiner chez eux. Chacun a vécu cette période à sa manière. Facile pour certains d’entre nous, difficiles pour d’autres.

 

En ce qui me concerne, passés les deux premiers jours de stupeur et d’incompréhension, je me suis mis à ranger la maison, le garage, le jardin. Et c’est ainsi que j’ai retrouvé un poème de Bigaro Diop dans mes archives mal rangées.

 

Je me propose de le partager avec vous aujourd’hui. Le voici donc :

 

Ecoute les morts

 

 

Ecoute plus souvent

Les Choses que les Etres.

La Voix du Feu s’entend,

Entends la Voix de l’Eau.

 

Ecoute dans le Vent

Le Buisson en sanglots :

C’est le Souffle des ancêtres.

 

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :

Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire

Et dans l’ombre qui s’épaissit.

 

Les Morts ne sont pas sous la Terre :

Ils sont dans l’Arbre qui frémit,

Ils sont dans le Bois qui gémit,

Ils sont dans l’Eau qui coule,

Ils sont dans l’Eau qui dort,

Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :

Les Morts ne sont pas morts.

 

 

Ecoute plus souvent

Les Choses que les Etres.

La Voix du Feu s’entend,

Entends la Voix de l’Eau.

 

Ecoute dans le Vent

Le Buisson en sanglots :

C’est le Souffle des Ancêtres morts,

Qui ne sont pas partis

Qui ne sont pas sous la Terre

Qui ne sont pas morts.

 

 

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :

Ils sont dans le Sein de la Femme,

Ils sont dans l’Enfant qui vagit

Et dans le Tison qui s’enflamme.

 

Les Morts ne sont pas sous la Terre :

Ils sont dans le Feu qui s’éteint,

Ils sont dans les Herbes qui pleurent,

Ils sont dans le Rocher qui geint,

Ils sont dans la Forêt,

ils sont dans la Demeure,

Les Morts ne sont pas morts.

 

 

Ecoute plus souvent

Les Choses que les Etres.

La Voix du Feu s’entend,

Entends la Voix de l’Eau.

 

Ecoute dans le Vent

Le Buisson en sanglots,

C’est le Souffle des Ancêtres.

 

 

Il redit chaque jour le Pacte,

Le grand Pacte qui lie,

Qui lie à la Loi notre Sort,

Aux Actes des Souffles plus forts

Le Sort de nos Morts qui ne sont pas morts,

Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie.

La lourde Loi qui nous lie aux Actes

 

Des Souffles qui se meurent

Dans le lit et sur les rives du Fleuve,

Des Souffles qui se meuvent

Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure.

Des Souffles qui demeurent

 

Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit,

Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit

Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort,

 

Des Souffles plus forts qui ont pris

Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts,

Des Morts qui ne sont pas partis,

Des Morts qui ne sont plus sous la Terre.

 

 

Ecoute plus souvent

Les Choses que les Etres.

La Voix du Feu s’entend,

Entends la Voix de l’Eau.

 

Ecoute dans le Vent

Le Buisson en sanglots,

C’est le Souffle des Ancêtres.

 

Birago Diop (1906-1989)


 

Qui est Birago Diop ?

Diop, Birago (1906-1989), écrivain sénégalais d'expression française, qui rendit hommage à la tradition orale de son pays en publiant des contes, notamment ses Contes d'Amadou Koumba.

Né près de Dakar, il reçut une formation coranique et suivit simultanément les cours de l'école française. Pendant ses études de médecine vétérinaire à Toulouse, il resta à l'écoute des travaux des africanistes, et s'associa à la fin des années 1930 au mouvement de la Négritude qui comptait alors Senghor, Césaire. C'est à Paris qu'il composa en 1942 les Contes d'Amadou Koumba (publiés en 1947), marquant dès ce premier livre sa prédilection pour la tradition orale des griots, ces conteurs populaires dont il ne cessa jamais d'écouter la voix. Respectueux de l'oralité, il affina un talent original d'écrivain dans les Nouveaux Contes d'Amadou Koumba (1958) et Contes et Lavanes (1963); son recueil de poèmes Leurres et Lueurs (1960) est profondément imprégné de culture française alliée aux sources d'une inspiration purement africaine.

Sa carrière diplomatique, après l'indépendance de son pays, et son retour à son premier métier de vétérinaire à Dakar n'entravèrent pas son exploration de la littérature traditionnelle africaine, mais il déclara avoir « cassé sa plume ». Il publia néanmoins la Plume raboutée et quatre autres volumes de mémoires de 1978 à 1989.


 

Source : http://www.biragodiop.com/

 

Frère des astres

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" Benoît est un chrétien instinctif, il suit l'Evangile à la lettre, à la trace. Jésus marche: Benoît l'accompagne. Le Fils de l'Homme jeûne: Benoît se prive. Le Seigneur souffre: il morfle à l'unisson. Il sait bien que sans le faste et la puissance, la Chrétienté n'existerait plus depuis belle lurette; l'Eglise n'est pas une hutte de branchages, une maison accrochée à la colline. Benoît s'entête à déployer sa foi comme un drapeau blanc au sommet d'une hampe brisée. Il est prêt à mourir pour que résonne la Bonne Nouvelle, mais cette clameur, qui se propage en averse, en vagues, en flocons, il ne lui semble pas nécessaire de l'imposer, ni de la défendre, il lui suffit de l'écouter. Benoît est un vitrail en miettes. Un morceau de verre que la lumière transperce de part en part."

(Extrait de "Frères des astres" de Julien Delmaire aux éditions Grasset page 147)

Ecoute ma prière

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Homme,

 

Je suis la flamme de ton foyer dans la nuit hivernale. Et, au plus fort de l'été, l'ombre fraîche de ton toit. Je suis le lit de tes sommeils, la charpente de ta maison, la table où poser ton pain, le mât de ton navire; je suis le manche de ta houe, la porte de ta cabane, je suis le bois de ton berceau et celui de ton cercueil, le matériau de tes oeuvres, et la parure de ton univers.

 

Ecoute ma prière: ne me détruis pas.

 

"La forêt", Walter Kümmerly.

 


En 1953, Jean Gionno, écrivain français, né à Manosque en 1895 et mort à Manosque en 1970, a écrit un livre qui a pour titre "L'homme qui plantait des arbres".  Il y raconte la vie d'un homme solitaire, berger de son état: Elzéard Bouffier. Il décrit leur première rencontre en 1913 dans une zone désertique de Haute Provence. Jean Giono dépeint les paysages de l'époque, la désertification des villages, la déforestation en cours. Il s'attarde longuement à nous raconter son personnage principal: un homme simple, modeste, au mode de vie frugal, un homme bon qui colle à la nature, à son terroir. Il en fait le personnage central de son roman. Un personnage attachant. Il a une étrange manie: il plante des glands de chêne du matin au soir, du premier janvier au 31 décembre et ce jusqu'à sa mort en 1947. Il a mis au point une technique bien à lui pour le faire. A la fin de sa vie Elzéard Bouffier a profondément modifié son environnement. Il laisse aux générations futures une immense forêt. L'eau est revenue dans les ruisseaux. Les villages abandonnés ont repris vie. C'est tellement bien écrit qu'enfant, adolescent, jeune homme j'ai voulu croire absolument que ce n'était pas un roman, une fiction mais une histoire vraie. Depuis quelques années maintenant ce livre a une seconde jeunesse. Il est devenu un livre d'actualité face aux catastrophes "naturelles" à répétitions.

 

"L'homme qui plantait des arbres" est publié en livre de poche dans la collection Folio Cadet, référence ISBN:  207053880X.

 

Il existe aussi une vidéo canadienne accessible aux enfants dès l'âge de 5 ans avec la voix de Philippe Noiret lisant le texte de Jean Giono. Les images de l'animation sont très belles.

 

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Dès 1953, avec son livre "L'homme qui plantait des arbres", Jean Giono développe de manière très poétique et littéraire les thèmes du développement durable, de l'écologie réparatrice des dérèglements climatiques et des folies destructrices des hommes. Il y exhalte les valeurs de travail, d'opiniâtreté, de patience, d'humilité. Il nous rappelle l'importance de  la ruralité dans le monde d'hier,d 'aujourd'hui et de demain.Et l'importance des petites gens dans notre vie sans qui nous ne sommes rien ou bien peu. L'altruisme et le pacifisme font partie de l'ADN d'Elzéar Bouffier.

 

Jean Giono est un grand écrivain français qui ne se rattache à aucun courant littéraire bien précis. Cela s'explique par ses origines familiales et son parcours de vie. Il est le fils d'un cordonnier anarchiste d'origine italienne et d'une mère d'origine provençale qui dirige un atelier de repassage. Un an avant de passer son bac il doit arrêter ses études: son père est malade, les finances familiales ne lui permettent pas de continuer sa scolarité. Il part travailler. Il passe son temps libre à lire en particulier les grands auteurs grecs et latins. Peu de temps avant d'être mobilisé en 1914 à 19 ans il rencontre la jeune femme avec qui il ne pourra se marier qu'en 1920. Ils auront ensemble deux filles. En 1915 il rejoint le 140 ième régiment d'infanterie. En temps que simple soldat il est sur le terrain des grands combats de 14/18: Artois, Champagne,Verdun, la Somme, le chemin des dames. Son meilleur ami est tué, ses camarades décimés. Il est lui  même victime d'une commotion suite à une explosion d'obus proche de lui. Plus tard il est légérement gazé. Il survit à la première guerre mondiale que certains historiens ont qualifié de suicide collectif. Il devient un pacifiste convaincu. Ses prises de positions publiques contre la guerre font qu'au moment de la seconde guerre mondiale lorsqu'il se présente aux autorités militaires pour s'engager il est refusé. S'en suivra un rapprochement avec le régime de Vichy qui lui sera reproché à la libération. Il ne sera pas condamné car il a caché à partir de 1940 des personnes recherchées par la police française. Il restera toute sa vie un pacifiste contre vents et marées. Les deux guerres mondiales lui ont révélé que l'homme avait les moyens techniques de faire autant si ce n'est plus de dégâts que les pires des catastrophes naturelles. Il ne pouvait s'y résoudre.

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