Richard Millet

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"Solitude du témoin"

"La France est en guerre depuis l'Indochine, par les conflits auxquels elle prend part, ici et là, (...) Je ne suis comme tant d'autres, que le témoin d'une décomposition dont la présence agressive de l'islam, la déchristanisation, la défaite des langues littéraires, le consumérisme, l'abolition de la mémoire, l'individualisation petite-bourgeoise, la capitalisme mondialisé, la bêtise politiquement correcte, sont moins le signe d'une métamorphose historique que du déclin de la notion d'histoire elle-même, (...) Témoigner est devenu une tâche guerrière. (...) Nous vivons sous le régime de la fin. Il s'agit pour nous (...) de trouver comment vivre dans une fin qui n'en finit pas de finir, (...) C'est donc une oeuvre de mort que je traque ici, en tant que témoin, dans ma solitude d'hétérosexuel blanc, catholique, et qui n'a dans son sang rien d'étranger: une fin qui n'en finit pas est une abomination qui répond à la pornographie généralisée qui ravage l'Occident au nom même du Bien. (...) Déculturation et déchristianisation vont de pair, (...) La fin de l'histoire est une ruse de capitalisme pour faire accepter le remplacement des nations par le Marché. Consommez, nous nous occupons de tout: (...)L'information a remplacé l'histoire. (...)"

Pour en savoir plus sur l'auteur:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Millet

 

Soif (2)

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"Mon père, qui ne m'exauce jamais, a des manières étranges de me manifester, comment dire, non pas sa solidarité, encore moins sa compassion, je ne vois pas d'autre mot en l'occurrence que celui-ci: son existence. Les Romains  commencent à comprendre que je n'arriverai pas vivant au Golgotha. Ce serait pour eux un échec cuisant: à quoi bon crucifier un mort? Alors ils vont chercher un type qui revient des champs, un fier-à-bras qui se trouve être un passant.

- Tu es réquisitionné. Aide ce condamné à porter sa charge.

Même s'il a reçu un ordre, cet  homme est un miracle. Il ne se pose aucune question, il voit un inconnu qui titube sous un poids trop lourd pour lui, il ne fait ni une ni deux, il m'aide.

Il m'aide!

Cela ne m'est jamais arrivé de ma vie. Je ne savais pas comment c'était. Quelqu'un m'aide. Peu importe ce qui le motive.

Je pourrais en pleurer. Parmi l'espèce abjecte qui se moque de moi et pour laquelle je me sacrifie il y a cet homme qui n'est pas venu se régaler du spectacle et qui, cela se sent, m'aide de tout son coeur.

S'il avait déboulé dans la rue par hasard et s'il m'avait vu tituber sous la croix, il aurait eu, je pense, la même réaction: sans réfléchir une seconde, il aurait couru me secourir. Il y a des gens comme ça. Ils ignorent leur propre rareté. Si on demandait à Simon de Cyrène pourquoi il se conduit de cette manière, il ne comprendrait pas la question: il ne sait pas qu'on peut agir autrement.

Mon père a créé une drôle d'espèce: soit des salauds qui ont des opinions, soit des âmes généreuses qui ne pensent pas. En l'état où je suis, je découvre que j'ai un ami en la personne de Simon: j'ai toujours aimé les costauds. Ce ne sont jamais eux qui posent problème. J'ai l'impression que ma croix ne pèse plus rien.

- Laisse-moi porter ma part, lui dis-je.

- Honnêtement, c'est plus facile si tu me laisses faire, répond-il.

Moi, je veux bien. Les Romains, ça ne leur va pas. Simon, brave type, essaie de leur expliquer son point de vue:

- C'est pas lourd, cette croix. Le condamné me gêne plus qu'autre chose.

- Le condamné doit porter sa charge, gueule un  soldat.

- Je comprends pas. Vous voulez que je l'aide, oui ou non?

- Tu nous emmerdes. Tire-toi!

Penaud, Simon me regarde comme s'il avait gaffé. Je lui souris. C'était trop beau pour être vrai.

- Merci, lui dis-je.

- Merci à toi, dit-il bizarrement.

Il a l'air tout chose.

Je n'ai pas le temps de le saleur davantage. Il faut que je continue d'avancer en traînant ce poids mort. Je constate ceci qui est imprévisible: la croix pèse moins lourd. Elle reste effroyable, mais l'épisode de Simon a changé la donne. C'est comme si mon ami avait emporté avec lui la part la plus inhumaine de ma charge.

Ce miracle, car c'est est un, ne me doit rien. Trouvez-moi un magie plus extraordinaire dans les Ecritures. Vous chercherez en vain."

Amélie Nothomb  dans "Soif" pages 74/75/76/77.

 

 

 

 

Découvrir le feu... de l'Amour.

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" Un jour, quand nous aurons maîtrisé les vents et les marées, nous exploiterons l'énergie de l'amour. Alors, pour la seconde fois, nous aurons découvert le feu."

Pierre Teilhard de Chardin

C'est un prêtre jésuite français, paléontologue, théologien et philosophe né en France en 1881 et mort aux Etats Unis en 1955.

« Sur le fait général qu'il y ait une évolution, tous les chercheurs sont désormais d'accord. Sur la question de savoir si cette évolution est dirigée, il en va autrement. »

Lourdes, le film.

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Nérac, lundi 8 juillet 2019. Il est 20h30. Il fait très chaud, très lourd, orageux. Nous sommes devant l'entrée du cinéma " Le Margot". Nous sommes en avance. La séance est prévue pour 21h. Le titre du film: "Lourdes". Nous pensions faire la queue, raison de notre arrivée "de bonne heure". En fait à 21h lorsque la projection commence nous sommes 17 dans la salle de cinéma très confortable, très bien sonorisée et... à bonne température.
 
Dès les premières images nous entrons dans une autre dimension, un autre monde. Fini notre petit confort douillet du moment. Nous nous tassons dans nos fauteuil, nous nous y enfonçons, écrasés par le poids de la réalité de la souffrance humaine sous toutes ces formes. Balayé notre petit confort intérieur, nos certitudes de tous les jours, nos bonnes raisons de ne rien faire, de ne pas trop penser et voir le malheur des autres.
 
Les images chocs, les prises de paroles "vraies" et sans détour vont se multiplier pendant une heure trente.
 
Lorsque la projection du film s'achève personne ne bouge dans la salle. Tout le monde reste assis dans son fauteuil KO de ce que nous venons de voir et d'entendre.
 
Ce n'est que lorsque l'écran s'éteint définitivement et que la lumière de la salle se rallume que les uns et les autres en ordre dispersé nous finissons par nous lever de nos sièges et quitter la salle.
 
Attention ce film ne nous déprime pas, ne nous anéantit pas, nous ne sortons pas de la salle avec le moral à zéro. C'est un hymne à la vie, à l'amour, à l'altruisme, au partage. Un antidote aux dérives du monde d'aujourd'hui.
 
"Lourdes" est un film à voir et revoir. Seul mais mieux encore en famille, avec les enfants et les petits enfants.
 
Yalla Castel
 
Françoise Delbecq dans le journal "Elle":
 
"Le point fort de ce documentaire repose sur la pudeur dans le traitement des images, des cadrages. La caméra est soucieuse de préserver la dignité de ces hommes et de ces femmes. Lourdes n'est alors plus qu'un berceau d'humanité et nous, spectateurs, sommes submergés par l'émotion."
 
Gwénola Trouillard pour "Télé Loisirs":

"Une claque émotionnelle, un concentré d'humanité dont on ressort bouleversé."

 
Christophe Caron de "La Voix du Nord":
 
"Pudique et bouleversant."
 
Xavier Leherpeur dans "Le Nouvel Observateur":
 
"Les réalisateurs distinguent avec finesse la religion et ses dogmes discutables de la croyance intime, éminemment respectable. Pari réussi."
 
Philippe Rouyer pour "Positif" :

"S’en dégage un grand respect qui rend l’ensemble impressionnant d’autant que les auteurs savent capter la photogénie d’un lieu ou d’une procession, ce qui fait de ce documentaire un vrai film de cinéma."

 
 
 
 
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