Dis-leur que j'existe...

Rédigé par yalla castel - - 2 commentaires

Ce matin là était un dimanche matin. Le dimanche 27 janvier 2019 . L'écran digital de ma voiture indiquait 9h52.

Je venais de quitter l'épicerie de Giroussens dans le Tarn. Je venais de m'engager sur la nationale Rabastens/Graulhet/Lavaur. Je me trouvais en haut de la côte d 'où il est possible de voir parfois les Pyrénées. Ce matin là ce n'était pas le cas. Le ciel était noir de gros nuages pluvieux. Dehors il pleuvait une pluie froide, de la neige fondue. Au fond de la grande ligne droite, j 'ai aperçu quelqu'un faisant du stop devant un abri bus de ramassage scolaire.

J'ai ralenti pour me donner le temps de mieux voir qui était l'auto-stoppeur. Un arabe, la trentaine, en forme physiquement, plus fort que moi apparemment. Un islamiste? un terroriste? un djihadiste? M'est revenu alors soudain en mémoire un autre dimanche matin vieux de trois ou quatre ans sur la même route, au même endroit: une voiture arrêtée sur la bas côté avec un homme au bord de la route  agitant de la main un bidon d'essence vide. Je m'étais arrêté. C'était un couple de jeunes roumains avec deux enfants dans la voiture dont un malade. Ils me l'avaient "joué"à l'affectif, l'émotionnel. "Nous allons tomber en panne d'essence. Notre enfant est malade. Nous n'avons plus assez de carburant pour arriver à l'hôpital de Toulouse". Je lui avais dit: "Ok je vais vous aider, suivez-moi." Et nous avions terminé notre rencontre à la station d'essence d'une grande surface fort heureusement remplie de monde ce matin là. Après une négociation financière honorable et épique pour les deux parties concernées le jeune couple et l'enfant "malade" étaient repartis avec un peu d'essence... vers un ailleurs meilleur?

Mais revenons à notre jeune auto-stoppeur d'aujourd'hui. Je me suis arrêté à sa hauteur. J'ai ouvert la vitre électrique. Je lui ai demandé où il voulait aller. Lavaur m'a-t-il répondu. Cela tombait bien. C'est justement là où j'allais. J'ai déverrouillé les portières. Il est monté devant à mon côté. Son visage était souriant, ses yeux pétillants, son français très compréhensible. Je ne me suis pas senti en danger. Nous avons repris la route. Je lui ai fait remarquer qu'il portait un foulard bleu autour du cou. Il m'a répondu : "Oui un chèche". Je lui ai demandé : "Vous êtes Touareg? d'Algérie? du Mali? du Niger? ". Il m'a dit: "Berbère touareg du sahara occidental". J'ai alors ajouté : " Ah! Sarahoui! Un destin tragique pour votre peuple. " Je me suis alors présenté. Je lui ai rapidement raconté ce que nous essayons de faire pour les Sarahouis dans le cadre du CCFD Terre Solidaire.

Il m'a alors fait plusieurs commentaires  exprimant son tourment par rapport aux conséquences néfastes pour son peuple des prises de position du roi du Maroc et de l'Arabie saoudite. Il regrettait le temps de la présence espagnole. Il m'a affirmé d'ailleurs qu'il possédait un livret de famille espagnol.

Comme nous rentrions dans Lavaur je lui ai demandé où il voulait que je le laisse. Il m'a proposé de venir prendre un café avec lui dans un bar ouvert le dimanche matin. Je l'ai remercié. Je lui ai expliqué que j'étais descendu en ville acheter des épices pour cuisiner des restes de poulet frit. Je ne voulais pas trop m'attarder, midi approchant. Il m'a conseillé un endroit où les acheter. Nous nous sommes quittés avec en ce qui me concerne l'impression d'avoir passé un bon moment.

Malgré le mauvais temps météorologique de ce matin là, malgré la tourmente internationale qui monte, il y avait du soleil, du beau temps et de la chaleur humaine dans notre rencontre éphémère. J'ai ce matin là agréablement oublié la peur de l'inconnu qu'il y avait en moi au départ de notre rencontre imprévue.

Si les gens...

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En 2017 Brigit Descot a écrit le texte ci-dessous. Publié sur Facebook il a été commenté favorablement. Au fil des ans le message qu'il contient est de plus en plus important et d'actualité. 

"Si les gens étaient mûs par leur couardise, leur peur, leur frilosité, leur repli sur eux-mêmes, si la population réagissait avec ignorance, alignant préjugés sur idées reçues, prévoyant désordres certains et innombrables, si les habitants de ce pays étaient plus soucieux de leur petite personne que de l’autre, qu’il soit blanc, noir ou jaune, si le peuple se montrait totalement et tranquillement égoïste, récalcitrant à l’accueil, fermé à la compassion, moins aimant et plus haineux, si le cerveau reptilien régnait, si les pays étaient gouvernés par des sots, peut-être alors verrions-nous des hordes d’immigrés, de réfugiés de toutes sortes, de pauvres, de souffreteux déambuler dans les rues des villes, quémander de la nourriture, être à l’affût d’un abri, dormir par terre sur le macadam ou dans la boue parce que rien ne serait prévu pour eux, peut-être même seraient-ils repoussés brutalement hors de notre territoire par la police, sans vergogne, des membres de mêmes familles seraient séparés, des enfants , des mineurs deviendraient orphelins, seraient perdus, introuvables, maigres, loqueteux, corvéables à merci, brimés, humiliés, ni affection, ni amour pour ceux-là, que la faim, le froid, la violence, pire, sur leur chemin d’immigration, hommes, femmes, enfants mourraient par dizaines, centaines, milliers, sur les routes, écrasés par des véhicules, pourris à l'intérieur de camions, noyés dans la mer, épuisés, des murs seraient élevés, nombreux tenteraient de les franchir qui finiraient emprisonnés.
 

Mais Dieu merci, il n’en est pas ainsi. Car l’être humain est raisonnable et porte en lui une part de tout autre, alors il lui importe que cet autre vive et vive bien; il lui sied que chacun comme il se doit soit épargné autant qu’il se peut par la souffrance ou l’injustice; il est porté par sa compassion, son empathie qui lui montre la vérité des choses du monde; alors, des femmes, des hommes à l’intelligence aiguisée, à la raison juste sachant repousser les mauvais affects, à la sensibilité non débordante réfléchissent à l’organisation de la cité afin qu’elle puisse intégrer les nouveaux venus; et d’autres s’activent, planifient, orchestrent et harmonisent, d’autres encore écoutent, soignent, pansent, enseignent, rencontrent et partagent, et voilà les arrivants qui s’installent, parlent de ce qu’ils sont, chantent, écrivent, créent et leurs enfants jouent dans les cours de récréation des écoles et les plus grands travaillent de leurs mains ou étudient; ils façonnent le monde de demain, peut-être plus beau encore que celui d’ aujourd’ hui tant les sourires, mots et regards partagés l’illuminent et l’illumineront."

Septembre 2017

Partage

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Je partage le point de vue de Koz sur le fond et la forme et je le partage concrètement sur Facebook et dans mon carnet d'adresses mails. Il jette un caillou dans la mare de l'indifférence et je souhaite qu'il fasse beaucoup de cercles dans l'eau des réseaux sociaux.

Voir lien suivant: http://www.koztoujours.fr/ceux-qui-se-tournent-vers-la-terre-francaise

Cet été je me suis trouvé nez à nez avec un camp de migrants dans le centre ville de Nantes. (Voir lien ci-dessous) Je suis resté sans voix et sans trop savoir que faire, que dire, que penser.

En 1981 j'ai participé à l'ordination d'un jeune prêtre qui m'a emmené par la suite au camp de réfugiés indochinois de Bias en Lot-et-Garonne. Nous y avons reçu un accueil chaleureux. Il y a aussi à Bias un camp de harkis. Je n'y suis jamais allé mais je sais qu'il existe. (Voir lien ci-dessous)

En tant que bénévole aux Captifs la Libération de Bordeaux  je ne suis pas dans le découragement, le désespoir, l'indifférence mais certains jours j 'ai l'impression de vider  l'océan de misères et de détresses humaines au dé à coudre.

http://yallahcastel.fr/Blog/index.php?article263/nantes-3

http://www.harkisdordogne.com/article-harkis-de-bias-47-au-carrefour-de-l-histoire-101779400.html

Colibri Cx

Témoignage de Marie-Noëlle Salvat (3)

Rédigé par yalla castel - - 6 commentaires

Joseph a aussi le sens de l'humour. Il aime rire et me faire rire. Deux mondes se sont ouverts et se sont offerts l'un à l'autre.

1. le sien qui a évolué depuis nos premières lettres. Sa mère Lina vient le voir. Le consulat de France que j'ai relancé n'a pas laissé le dossier au placard. Il a la double nationalité. Sa mère est guadeloupéenne. De nouveaux avocats, compétents, dévoués, après qu'il ait fait appel, ont perçu toutes les lacunes et les invraisemblances du procès. Il m'avait écrit: "Le jury a été manipulé de façon à me faire passer pour un monstre." Et tant d'autres éléments encore qui améliorent sa vie et lui permettent de supporter l'horreur de sa condition. Dernièrement sévices graves sur son co-détenu voisin de cellule. Il en a perdu la tête. Joseph a été pris en charge par un médecin pour s'en remettre.

2. le mien car je l'associe à ma vie. Il partage mes occupations et préoccupations, familiales et universelles à travers les actions du CCFD Terre Solidaire et de l'ACAT auxquelles je participe bénévolement, à travers le récit des évènements vécus par mes proches.

C'est fou de voir comment Joseph se préoccupe des personnes dont je lui parle. Il montre beaucoup d'empathie. Il prie. Il me charge de transmettre ses messages aimants.

Je corresponds depuis quelques mois avec Lina, sa maman. Elle est très profondémenet chrétienne. Elle m'a écrit que sans la foi et l'amour de Dieu elle se serait écroulée. Elle m'appelle "ma soeur en Christ". C'est une humble femme extraordinairement effacée et courageuse. Elle a élevé 6 garçons. Elle a des petits enfants.

Oui ma famille s'est élargie. Certains de mes proches et des membres de ma famille, sans lui écrire car ils ne maîtrisent pas assez l'Anglais, ont adopté Joseph comme un des leurs. Il le sait et il le leur rend bien.

Je nous confie à vos prières.

Marie Noëlle

Mes références:

Saint Vincent de Paul: "Les pauvres sont nos maîtres."

Notre pape François: "Pourquoi eux et pas moi?"  Déclaration faite aux journalistes après sa visite à des prisonniers à qui il a lavé les pieds. L'une de ses premières initiatives après son entrée en fonction.

Saint Exupéry, dans le livre Le petit Prince: "Tu es responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé."

Témoignage de Marie-Noëlle Salvat (2)

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Il nous faut beaucoup de patience, à l'un et à l'autre, ne pas avoir peur des chocs provoqués par les demandes ou par les silences d'un homme qui traverse l'obscurité.

Très vite, dans nos premiers échanges, Joseph m'avait dit: "Je suis un homme maintenant; celui que j'étais je ne savais plus qui j'étais." Plus tard: "Vous pouvez me demander n'importe quoi sur moi et je vous répondrai." Je lui ai dit: "Si vous le voulez, racontez-moi un moment que vous aimez de votre enfance." Il m'a répondu: "Je ne peux pas vous parler de mon enfance mais vous pouvez garder ces photos (c'était sur du papier photo très ancien) si elles vous plaisent, ou me les renvoyer." Il a noté au dos: "Ma mère, très courageuse, voyez comme elle est belle avec son tablier de serveuse pour gagner sa vie et celle de sa famille. Là, c'est mon frère aîné qui l'a aidée quand mon père l'a laissée." Autre photo: "Là, c'est mon jeune frère et le vilain petit canard -moi- à la fête foraine." (A dix ou douze ans) "Et là c'est encore le vilain petit canard avec ma petite et mignonne nièce ( trois ans) sur les genoux." (Il est ado)

Cette patience qui conduit à une confiance inconditionnelle nous l'avons ou plutôt nous la cultivons au rythme parfois irréguliers de nos courriers, très denses, fluctuant à cause des évènement de part et d'autre, variant de quinze jours à un mois maximum.

Au fil des mois, nous échangeons ce qu'il est possible d'écrire de nos vies, de notre regard sur l'état du monde; ma vie ordinaire avec ses failles et ses joies, sa vie dans des conditions inhumaines. Isolement dans une cellule très étroite où il réussissait pour ne pas devenir fou à organiser ses journées. Sorties toutes les 48h pour deux heures de "promenades" dans une grande cage à ciel ouvert avec les autres prisonniers. Parfois longues semaines de "lock down" . Enfermement total pendant des périodes variables, un mois quelquefois, totalement arbitraire. Privation d'eau chaude. Et j'en passe! Bruit parfois insupportable d'autres prisonniers qui perdent la tête. Rumeurs d'exécution. Obligation de jeter le courrier reçu. Par peur du feu. Il ne peut conserver qu'un minimum de lettres, photos, cartes postales.

Il m'avait écrit dès le début: "Soyez mes yeux et mes oreilles." Ce que je me suis efforcée de faire. Il insistait aussi sur la réciprocité de la correspondance. Et nous étions bien d'accord. C'est ainsi que nous avons poursuivi nos échanges écrits.

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