Amor Towles

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Amor Towles est né en 1961. Il est américain. Il est diplômé de deux prestigieuses universités de son pays. Il a publié "Un gentleman à Moscou" et "Les règles du jeu". Ils se sont très bien vendus. Désormais il se consacre à l'écriture. Le titre de l'ouvrage "Lincoln Highway" fait référence à cette célèbre autoroute américaine construite en 1915 qui va de Times Square à New York au LIncoln park de San Francisco. C'est la première autoroute amércaine. Elle traverse quatorze états, cent vingt huit comtés. 

L'histoire du personnage principal de ce livre commence en juin 1954 et se termine en juillet de la même année. Le personnage principal s'appelle Emmett. Nous faisons connaissance avec lui dès les premières pages du livre. Il sort d'un centre pénitencier où il a été condamné adolescent pour avoir tué accidentellement un jeune homme qui l'avait provoqué et attaqué dans une bagarre qui s'est mal terminée pour les deux et plus particulièrement pour celui qui est mort ce jour là. 

Tout au long des 634 pages nous allons entrer dans le début de l'âge adulte d'Emmett et découvrir l'Amérique des années cinquante au gré de son périple sur la "Lincoln Highway".

Voici un bref extrait du livre qui ne reflète pas ce que le livre est réellement mais qui nous rappelle une vérité intemporelle des relations humaines :

"Lorsque mon père m'a abandonné au foyer pour jeunes garçons de Saint Nicholas, la soeur qui dirigeait l'établissement était une femme de convictions certaines et d'âge incertain du nom de soeur Agnès. (...) Le moment qu'elle préférait pour transmettre sa sagesse, c'était juste avant l'heure du coucher. (...) Quand on se retrouvait enfin tous au lit, soeur Agnes prenait une chaise et nous faisait la leçon. (...) L'une de ses leçons préférées était quelque chose qu'elle appelait les chaînes des torts. "Mes enfants, commençait-elle de sa voix maternelle, viendra un moment dans votre vie où vous causerez du tort aux autres et où les autres vous causeront du tort. Et ces torts opposés deviendront vos chaînes. Les torts que vous causerez aux autres vous emprisonneront dans la culpabilité, et les torts que les autres vous causeront vous emprisonneront dans l'indignation. Les enseignements de Jésus Christ notre Sauveur sont là pour vous libérer des deux. Pour vous libérer de votre culpabilité par l'expiation, et de votre indignation par le pardon. Alors seulement, quand vous serez libérés de ces deux chaînes, vous pourrez commencer à vivre votre vie le coeur empli d'amour et marcher d'un pas serein." "

" Lincoln Highway" d'Amor Towles, pages 109/110 chez Fayard.

ISBN 978-2-213-72187-3

 

"Amis, chers amis"

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Paul Cézanne, "Les joueurs de cartes"

"L'amitié se perd aussi par manque de compassion. L'un ou l'une accumule les déboires physiques, sentimentaux ou professionnels, se laisse aller au découragement, crie à l'injustice, multiplie les plaintes contre les boucs émissaires qui vont du voisin trop bruyant à Dieu trop silencieux. La fréquentation d'une personne aussi sombre devient pénible. Au début, on était attentif, solidaire, rassurant , pleint de commisération. Mais les malheurs ont persisté, avec eux les lamentations. On craint d'être contaminé par cette malchance et la sinistrose qui l'accompagne. On se détache peu à peu de l'ami que nous craignons de suivre dans le gouffre dont nous n'avons pas su. l'écarter. Et comme il voit. bien que notre amitié est de moins en moins active et secourable, cela s'ajoute à son pessimisme foncier et fortifie un peu plus le lamento justement responsable de l'éloignement de ses amis. Le vrai grand ami est celui qui surmonter cette épreuve, quelle qu'en soit la durée, et qui ne désespère pas de retrouver celui qu'il aimeait tel qu'il était."

Bernard Pivot dans "Amis, cher amis" page 37 chez Allary Editions.

Dépression et vie spirituelle

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Tableau de Pierre Soulages (1919/2022)

Notre société serait une société dépressive. Bien des signes confirment ce sombre diagnostic: peur de l’avenir, conditions de vie stressantes, chômage et crise économique, consommation excessive de tranquillisants et d’euphorisants. A un moment de leur vie, nombre d’entre nous traversent l’épreuve de la dépression. 

 

Au-delà de ces aspects psychologiques, corporels ou sociologiques, la dépression touche cependant une dimension plus intime de la personne. Pascal évoquait en son temps le « bon usage des maladies ». Serait-il possible que s’ouvre, au creux même de la souffrance, un chemin d’espérance, une voie spirituelle? 

 

L’auteur du livre « Dépression et vie spirituelle » est Jean-François Catalan, psychologue, jésuite. Il a une longue expérience de l’accompagnement des personnes en difficulté psychologique.

 

Il a aussi publié « Expérience spirituelle et Psychologie » ainsi que « L’homme et sa religion ». Publiés chez l’éditeur « Desclée de Brouwer ».

 

 

 

Morceaux choisis de son livre 

 

« L’aube se lève. La nuit va enfin s’achever, une nuit bien pénible et bien longue! Des heures ont passé avant qu’on puisse trouver le sommeil, un sommeil fréquemment interrompu, souvent agité, parfois peuplé de cauchemars, de rêves étranges, désagréables. Au réveil, la bouche est amère, le corps ankylosé… On émerge difficilement d’un sommeil pénible et nullement reposant… L’aube se lève: encore un jour à vivre et, déjà, la conviction qu’on n’en sortira pas, que les heures, une fois de plus, passeront dans une sorte de vide! » (Pages 13/14)

 

Dans son son livre  « Dépression et vie spirituelle » (ISBN 2-220-03798-3) Jean-François Catalan cite Martin Luther King à la page 126:

 

 

« Dans notre monde actuel, comme dans la parabole évangélique, l’obscurité profonde de la nuit est troublée par un coup frappé à la porte. Le voyageur découragé demande trois pains: le pain de la foi, le pain de l’espérance, le pain de l’amour… Ayant frappé à la porte de son ami, il reçoit une parole impatiente: « Ne m’importune pas! » … Malgré sa déception, l’homme continue de frapper… Il persuade enfin son ami d’ouvrir la porte… Minuit est une heure éprouvante, où il est difficile de garder la foi! Ce qu’un chrétien peut dire de plus réconfortant c’est qu’aucune nuit ne dure longtemps, ne dure toujours! Le voyageur épuisé par la nuit et qui demande du pain en réalité désire l’aurore.  Notre message éternel d’espérance c’est que l’aurore viendra! La foi en l’aurore naît de la foi en la bonté et la justice de Dieu. Celui qui croit cela sait que les contradictions de la vie ne sont ni finales ni définitives. Il peut traverser la nuit noire avec la conviction radieuse que toutes les choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu! Même les nuits les plus privées d’étoiles peuvent annoncer l’aube de quelque grand achèvement. »

 

Petit mot d'Etty Hillesum

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Etty Hillesum est née en 1914 dans une famille juive hollandaise athée. Alors que sa famille, ses frères, elle-même n'étaient pas des juifs religieux, ne se sentaient pas vraiment juifs, alors que par trois  fois elle aurait pu quitter la Hollande - pour l'Angleterre, pour le Canada, pour l'Australie - au fur et à mesure des persécutions des "siens", elle va rejoindre dans des camps de transit celles et ceux qui vont partir vers la mort. Elle a décidé en conscience de les accompagner vers les chambres à gaz et les fours crématoires. Elle va alors se comporter  comme si elle n'allait jamais mourir. Elle va s'identifier au Christ. Ne pas tuer, ne pas faire tuer, témoigner par écrit, résister. Répondre au mal par le bien a été son choix de 1940 à 1943.

L'Histoire a retenu le nom d'Etty Hillesum et pas ceux de ses bourreaux.

Elle n'avait pas d'autres armes que son âme, une belle âme.

"La vie est une chose merveilleuse et grande, après la guerre nous aurons à construire une monde entièrement nouveau et, à chaque nouvelle exaction, à chaque nouvelle cruauté, nous devrons opposer un petit supplément d'amour et de bonté à conquérir sur nous-mêmes. Nous avons le droit de souffrir, mais non de succomber à la souffrance. Et si nous survivons à cette époque indemne de corps et d'âme, d'âme surtout, sans amertume, sans haine, nous aurons aussi notre mot à dire après la guerre. Je suis peut-être une femme ambitieuse: j'aimerais bien avoir un tout petit mot à dire." 

Etty Hillesum est décédée en 1943 à Auschwitz à l'âge de 29 ans.

Résister, rester libre.

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Les paroles s'envolent, les écrits demeurent.

Nous avons assisté à l'assemblée régionale de l'ACAT France le samedi 12 et le dimanche 13 novembre 2022 au Centre Spirituel "La Solidude" à Martillac près de Bordeaux. Nous étions plus ou moins 80 venus du Lot-et-Garonne, de la Dordogne et de la Gironde. Il y avait un stand livres à consulter, à acheter. L'un d'entre eux a retenu mon attention. En voici ci-dessous une présentation. 

Résister, résister, résister c'est le fil conducteur de la plaidoirie de l'avocat Richard Malka au procès des assassins des journalistes de Charlie Hebdo. Et parce que les paroles s'envolent, il en a fait un livre de 93 pages pour que ce qui a été dit ce jour-là soit écrit pour toujours. Il a pour titre "Le droit d'emmerder Dieu" publié chez Grasset en 2021.

En voici des extraits:

"C'est à nous, et à nous seuls, qu'il revient de s'engager, de réfléchir, d'analyser et parfois de prendre des risques pour rester libres d'être ce que nous voulons. C'est à nous et à personne d'autre qu'il revient de trouver les mots, de les prononcer, de les écrire pour couvrir le son des couteaux sur nos gorges. (...)

A nous de dire, de dessiner, de jouir de nos libertés, de vivre la tête haute, face à des fanatiques qui voudraient nous imposer leur monde de névroses et de frustrations, en coproduction avec des universitaires gavés de communautarisme anglo-saxon et d'intellectuels, héritiers de ceux qui ont soutenu parmi les pires dictateurs du XX sème siècle, de Staline à Pol Pot.

C'est à  nous de nous battre, comme l'a dit Riss, pour rester libres. Nous et ceux qui nous succèderont. Voilà ce qui se joue aujourd'hui." (Pages 13/14)

"Clémenceau, à l'Assemblée, à l'évêque d'Angers invoquants les blessures des catholiques outragés; "Dieu se défendra bien lui-même, il n'a pas besoin pour cela de la Chambre des députés." C'est quasiment cette même formule qui sera reprise plus d'un siècle plus tard par le mufti de la mosquée de Marseille à propos des caricatures de Mahomet : "Un musulman qui croit que Dieu n'est pas assez grand pour se défendre tout seul est un musulman qui doute de la toute puissance divine et n'est pas un bon croyant." Ce n'est pas compliqué à comprendre. Dieu peut se défendre tout seul contre les pauvres mortels que nous sommes, ce n'est pas la peine de supprimer ses créatures." (Page 42)

Des dates marquantes:

2 novembre 2004: Assassinat de Theo van Gogh.

5 février 2006: Assassinat d'Andrea Santoro, prêtre italien en Turquie, en riposte à la publication des caricatures. 

2 novembre 2011: Incendie criminel des locaux de Charlie Hebdo.

7 janvier 2015: Attentat contre Charlie Hebdo. Douze morts, quatre blessés graves.

2 septembre 2020: Ouverture du procès des attentats de Charlie Hebdo  et de l'Hyper Cacher.

31 octobre 2020: Suspension du procès, trois accusés sont testés positif au Covid.

 2 décembre 2020: Reprise du procès.

4 décembre 2020: Plaidoirie pour Charlie Hebdo.

16 décembre 2020: le verdict est prononcé. Les quatorze personnes poursuivies ( dont trois absentes) sont condamnés à des peines allant de quatre ans de prisons à la réclusion à perpétuité. Deux ont fait appel.

Deux dates de l'Histoire de France à retenir:

En 1789 la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen sacralise la liberté d'expression ( et donc de caricaturer). En 1791 le délit de blasphème est supprimé du code pénal. 

Jean-François Sadys

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