Le chemin des estives

Rédigé par yalla castel - - 5 commentaires

"(...) Je dois faire mon coming out chrétien. J'ai bien conscience qu'afficher cette qualité n'est pas la meilleur façon d'entrer dans un livre. Avouer par les temps qui courent que l'enseignement d'un charpentier juif donne du sel à votre vie, la conduit même vers les profondeurs, c'est se condamner à récolter des haussements d'épaule. (...)

Après avoir fréquenté les cabinets ministériels, les maisons d'éditions et les rédactions des journaux, l'idée m'était venue de loucher du côté religieux. Il me semblait que la vie d'un mortel ne consistait pas seulement à produire et à consommer. Je trouvais que se vouer à la recherche de l'absolu n'était pas moins noble que faire carrière dans le conseil ou la com. Et puis j'avais le vague pressentiment que la soif qui me tourmentait, rien ni personne ne pourrait l'étancher, si ce n'est l'eau vive et fraîche que le Christ donne à la Samaritaine. En ces temps d'extinction de la foi, je faisais partie des derniers fidèles du Galiléen. J'appartenanis à la réserve d'Indiens. L'Occident traversait une nuit msytique, un sommeil de l'âme, moi je restai ébloui par la lumière qui irradiait de ce roi paradoxal monté non pas sur un destrier mais sur un ânon, cet homme solaire et doux qui bénissait les enfants, s'agenouillait devant les prostituées et donnait le baiser aux lépreux. Pour vivre dans son sillage, j'avais hanté des abbayes cisterciennes, je m'étais reclus dans des ermitages, j'avais partagé le sort de clochards et de divers autres naufragés. Ces expériences au long cours m'avaient communiqué une joie de vive mais toujours pas l'adresse où enraciner ma vie.

Jusqu'à présent, j'avais échoué à me stabiliser dans un coin du monde. Mon idéalisme impénitent se heurtait à des des déceptions continuelles. Chaque fois, il fallait que j'aille voir ailleurs. C'est ainsi qu'au seuil de mes trente-sept ans, j'ai frappé à la porte du noviciat des jésuites, 20, rue Sala, à Lyon." 

Pages 20/21/22 du livre "Le chemin des estives"  de Charles Wright, collection livre de poches "J'ai lu".

ISBN: 978-2-290-36245-7

Prix: 8€

 

5 commentaires

#1  - A.L a dit :

Sans le moindre sou en poche, misant sur la générosité des gens, un jeune aspirant jésuite s'échappe de la ville et la modernité avec le désir de renouer avec l'élémentaire. Il s'offre une virée buissonnière à travers les déserts du Massif Central, une petite promenade de sept cents kilomètres à pied. "Le chemin des estives", récit de ce voyage, est une ode à la désertion, à la liberté, à l'aventure spirituelle.

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#2  - A.L a dit :

"N'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi." (Cioran)

Page 23

"De ce que j'ai aimé, que restera-t-il?" (Saint Exupéry)

Page 42

`"Le refus des louanges est un désir d'être loué deux fois."

Page 58

"Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes." (Rimbaud)

Page 62

"Mes petits, j'ai quatre-vins-douze ans. La mort est devant moi. Quand je repense à ma vie, ce qui m'a rendue heureuse, c'est les gens à qui j'ai rendu service."

Page 67

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#3  - A.L a dit :

Charles Wright est écrivain et journaliste. Il partage sa vie entre l'Ardèche et Paris. Il est l'auteur d'un livre très remarqué : "Le Chemin des estives" (Chez Flammarion en 2021) et récemment réédité en version poche chez "J'ai lu". Prix littéraire Europe 1-GMF. Prix de la liberté intérieure 2021.

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#4  - A.L a dit :

Picoti picota, lève la patte et puis s’en va (1)

J’ai picoré pour vous les extraits suivants dans le livre « Le chemin des estives » de Charles Wright:

« Benoît prélève des cerises sur un arbre pour parachever le festin. (…) En le regardant dévaliser cet arbre, je comprends ce qu’est, dans son fond, l’expérience d’un paysan: un dessaisissement de la maîtrise. Une année, l’arbre ploie sous les fruits, une autre, deux pommes se battent en duel sur les branches. Il a beau trimer sa peine, la récolte est aléatoire, voilà pourquoi il vit dans la prière. Tandis que nous, qui n’avons qu’à appuyer sur des boutons pour exaucer nos désirs, nous n’avons plus besoin de la grâce… » (Page 73)

« Pourquoi les êtres qu’on aime sont-ils voués à disparaître? Tout bascule-t-il sans cesse dans le néant? Advient-il quelque chose après la mort? «  (Page 77)

« Roulent les mondes, la Croix demeure. » (Page 79)

« Il est sage de penser dans le calme à ce qui peut arriver quand la tempête se lèvera. (…) Il faut goûter les moments de plénitude mais rester sur ses gardes. » (Page 90)

« Les champs que nous avisons ressemblent un peu à de vieux pulls mités par des ensembles pavillonnaires. Evidemment, ce reflux de la ville ne se fait pas sans abîmer les campagnes. Un peu partout, des constructions neuves défigurent les entrées de bourg: gendarmerie, ehpad, lotissements, supermarché en tôle ondulée, pompes funèbres… Les pourtours des villages se subdivisent en lots rectangulaires, enclos de barrières uniformes, où des maisonnettes qui se ressemblent toutes s’élèvent dans des matériaux sans noblesse et sans lien profond avec la pays qui paraît les subir comme une blessure. Pourquoi la prise de possession de la nature est-elle marquée marquée par tant de disgrâce? L’homme contemporain est-il voué à enlaidir tout ce qu’il touche? » (Page 91)

« L’enfance est du bonheur ou du malheur stocké pour toujours. » (Page 95)

« Le christianisme est la religion de la terre, non de l’au-delà, descendez sur le plancher des vaches, gardez les pieds sur terre. Dieu n’est pas dans les nuages, mais en vous, et dans le visage de l’autre. Quant à l’éternité, elle affleure déjà dans le temps présent, quand on vit les rencontres et les instants à un certain niveau de profondeur. » (Page 99)

« Jour après jour, Parsac et moi mesurons à quel point le besoin de vider son sac est grand chez les gens que nous rencontrons. Chaque soir, c’est la même litanie de souffrances; en longues vagues, les peines et les difficultés de nos hôtes déferlent. Notre voyage est aussi cela: une longue-vue plongée dans le coeur de cette France de l’intérieur que nous découvrons épuisée, à bout de forces. Dans les années 1950, le philosophe Emmanuel Mounier avait perçu que la société de consommation, alors balbutiante, allait faire naître de nouveaux types de souffrance. Aux « maladies de la misère », avec lesquelles l’humanité se coltinait depuis toujours, s’ajouteraient bientôt « les maladies du bonheur », ces maux inédits liés au bien-être, à l’opulence, à la consommation effrénée. La question de demain, prophétisait-il, serait la suivante: comment survivre spirituellement à toute cette richesse matérielle? De nombreuses personnes croisées lors de notre traversée du Massif Central semblent avoir contracté cette maladie des temps nouveaux. Ils souffrent de solitude, de dépression, se sont enlisés dans l’ornière d’une vie sans goût. Ils ne trouvent plus de sens à vivre constamment sur la brèche, traqués par les téléphones portables, les e-mails, dans une société de l’urgence qui les soumet à des conditions d’incertitude constante et à une guerre économique dont ils ont l’impression d’être la chair à canon. L’injonction d’être performant, de réussir, les consume de l’intérieur. Ils aspirent confusément à sortir de cette société frénétique et de l’atonie spirituelle, à retrouver le goût de vivre, à renouer avec des choses simples. » (Pages 100/101)

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#5  - A.L a dit :

Picoti picota (2)

Textes picorés dans le livre « Le chemin des estives » de Charles Wright:

« La petite église romane fortifiée de Saint-Laurent est close. Dommage: une église fermée, c’est « un soleil éteint », « un coeur qui se refuse », « On ne devrait jamais fermer la porte d’une église, a écrit le poète Xavier Graal dans « L’inconnue me dévore », un livre de feu. Et même si les hommes légers n’y viennent jamais, encore faudrait-il la laisser ouverte afin qu’y entrent le soleil, l’oiseau blessé, le chien perdu, le fugitif et l’âme errante. »

« C’est dans l’adversité que l’on discerne le plus clairement la vertu d’un homme, car c’est là qu’il se montre sous son vrai jour. » (Page 127)

« Pour demeurer quelque part, pour avoir sa « place » dans le monde, il faut avoir accompli le miracle de se trouver en un point de l’espace, sans plier sous l’amertume. » (Page 217)

« Je prie Dieu qu’il me délivre de Dieu. » (Page 255)

« Les époques de troubles sont des temps où germent secrètement de grandes choses. (…) C’est sur les ruines de l’empire (romain) qu’est sorti Saint Benoît, dont la règle a été une formidable réponse à la crise. Et la Renaissance a surgi des décombres du Moyen Âge. Ne vous tracassez pas: la vie renaît toujours de ses cendres, il ne faut jamais désespérer de la nature humaine. » (Pages 271/272)

« Il faudrait piger une fois pour toutes que cet affolement n’a pas lieu d’être, qu’il est même contre-productif. Souviens-toi: au marché, nous cherchions de façon active, volontariste, crispés sur notre faim, préoccupés par nos besoins. C’est quand nous avons lâché l’effort et que nous nous sommes mis à errer sans but que Gabriel est apparu! La divine rencontre de ce matin contient un enseignement: les choses arrivent quand on ne les cherche plus. Lorsqu’on se détend, qu’on ouvre la main, tout s’ouvre, on reçoit en abondance! » (Page 282)

« Les possessions matérielles ne sont autre chose qu’une source d’incertitudes, parce qu’on ne les possède jamais sans crainte ni soucis. » (Page 286)

« Un homme vaut ce qu’il aime. » (Page 292)

« J’ai dormi au coeur du Tessin dans une grange solitaire où ruminait une vache osseuse qui accepta de me céder un peu de sa paille. (Arthur Rimbaud lors d’un séjour en Suisse) Nous avons perdu cette proximité avec les animaux qui ont disparu de nos paysages et de nos existences d’urbain. C’est une perte sans prix. Les bêtes nous humanisent, elles éveillent en nous des trésors de tendresse. Il y a une joie divine à les côtoyer. » (Page 307)

« Les animaux ont une âme. Je refuse d’être sauvé sans les bêtes. Que ces dernières soient laissés sur le parvis de nos églises m’indispose hautement. J’aimerais qu’elles aient le droit d’entrer, qu’elles chantent avec nous la grande louange des vivants. Et si l’au-delà existe, je ne conçois pas d’y voguer sans des ânes, des vaches, des moutons, des chiens et des volées d’oiseaux. » (Page 311)

« Aime et fais ce que tu veux. » (Saint Augustin) (Page 343)

« Nos vies sont des virgules dans le texte de l’univers. » (Page 346)

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