Ce que nous devons défendre

Rédigé par yalla castel - - 1 commentaire

J'écris ce matin sur Yalla Castel
Non pas ce que nous devons combattre
Mais ce que nous devons défendre:
Les plaisirs de la vie.
Le vin qu'on boit avec les camarades.
L'amour.
Le feu en hiver.
La rivière fraîche en été.
La viande et le pain de chaque repas.
Le refrain que l'on chante en marchant sur la route.
Le lit où l'on dort.
Le sommeil, sans réveils en sursaut, sans angoisse du lendemain.
Le loisir.
La liberté de changer de ciel.
Le sentiment de la dignité et beaucoup d'autres choses
Dont on refuse la possession aux hommes.

Robert Desnos.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Desnos

J'ajoute ce matin sur Yalla Castel ce que Robert Desnos pensait que nous penserions un jour de lui:

« Ce que j'écris ici ou ailleurs n'intéressera sans doute dans l'avenir que quelques curieux espacés au long des années. Tous les vingt-cinq ou trente ans on exhumera dans des publications confidentielles mon nom et quelques extraits, toujours les mêmes. Les poèmes pour enfants auront survécu un peu plus longtemps que le reste. J'appartiendrai au chapitre de la curiosité limitée. Mais cela durera plus longtemps que beaucoup de paperasses contemporaines. »

Et pour le mot de la fin parce qu'il aimait Paul Eluard, voici une citation de ce dernier:

"Il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur, voilà tout."

Dis-leur que j'existe...

Rédigé par yalla castel - - 2 commentaires

Ce matin là était un dimanche matin. Le dimanche 27 janvier 2019 . L'écran digital de ma voiture indiquait 9h52.

Je venais de quitter l'épicerie de Giroussens dans le Tarn. Je venais de m'engager sur la nationale Rabastens/Graulhet/Lavaur. Je me trouvais en haut de la côte d 'où il est possible de voir parfois les Pyrénées. Ce matin là ce n'était pas le cas. Le ciel était noir de gros nuages pluvieux. Dehors il pleuvait une pluie froide, de la neige fondue. Au fond de la grande ligne droite, j 'ai aperçu quelqu'un faisant du stop devant un abri bus de ramassage scolaire.

J'ai ralenti pour me donner le temps de mieux voir qui était l'auto-stoppeur. Un arabe, la trentaine, en forme physiquement, plus fort que moi apparemment. Un islamiste? un terroriste? un djihadiste? M'est revenu alors soudain en mémoire un autre dimanche matin vieux de trois ou quatre ans sur la même route, au même endroit: une voiture arrêtée sur la bas côté avec un homme au bord de la route  agitant de la main un bidon d'essence vide. Je m'étais arrêté. C'était un couple de jeunes roumains avec deux enfants dans la voiture dont un malade. Ils me l'avaient "joué"à l'affectif, l'émotionnel. "Nous allons tomber en panne d'essence. Notre enfant est malade. Nous n'avons plus assez de carburant pour arriver à l'hôpital de Toulouse". Je lui avais dit: "Ok je vais vous aider, suivez-moi." Et nous avions terminé notre rencontre à la station d'essence d'une grande surface fort heureusement remplie de monde ce matin là. Après une négociation financière honorable et épique pour les deux parties concernées le jeune couple et l'enfant "malade" étaient repartis avec un peu d'essence... vers un ailleurs meilleur?

Mais revenons à notre jeune auto-stoppeur d'aujourd'hui. Je me suis arrêté à sa hauteur. J'ai ouvert la vitre électrique. Je lui ai demandé où il voulait aller. Lavaur m'a-t-il répondu. Cela tombait bien. C'est justement là où j'allais. J'ai déverrouillé les portières. Il est monté devant à mon côté. Son visage était souriant, ses yeux pétillants, son français très compréhensible. Je ne me suis pas senti en danger. Nous avons repris la route. Je lui ai fait remarquer qu'il portait un foulard bleu autour du cou. Il m'a répondu : "Oui un chèche". Je lui ai demandé : "Vous êtes Touareg? d'Algérie? du Mali? du Niger? ". Il m'a dit: "Berbère touareg du sahara occidental". J'ai alors ajouté : " Ah! Sarahoui! Un destin tragique pour votre peuple. " Je me suis alors présenté. Je lui ai rapidement raconté ce que nous essayons de faire pour les Sarahouis dans le cadre du CCFD Terre Solidaire.

Il m'a alors fait plusieurs commentaires  exprimant son tourment par rapport aux conséquences néfastes pour son peuple des prises de position du roi du Maroc et de l'Arabie saoudite. Il regrettait le temps de la présence espagnole. Il m'a affirmé d'ailleurs qu'il possédait un livret de famille espagnol.

Comme nous rentrions dans Lavaur je lui ai demandé où il voulait que je le laisse. Il m'a proposé de venir prendre un café avec lui dans un bar ouvert le dimanche matin. Je l'ai remercié. Je lui ai expliqué que j'étais descendu en ville acheter des épices pour cuisiner des restes de poulet frit. Je ne voulais pas trop m'attarder, midi approchant. Il m'a conseillé un endroit où les acheter. Nous nous sommes quittés avec en ce qui me concerne l'impression d'avoir passé un bon moment.

Malgré le mauvais temps météorologique de ce matin là, malgré la tourmente internationale qui monte, il y avait du soleil, du beau temps et de la chaleur humaine dans notre rencontre éphémère. J'ai ce matin là agréablement oublié la peur de l'inconnu qu'il y avait en moi au départ de notre rencontre imprévue.

Si les gens...

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En 2017 Brigit Descot a écrit le texte ci-dessous. Publié sur Facebook il a été commenté favorablement. Au fil des ans le message qu'il contient est de plus en plus important et d'actualité. 

"Si les gens étaient mûs par leur couardise, leur peur, leur frilosité, leur repli sur eux-mêmes, si la population réagissait avec ignorance, alignant préjugés sur idées reçues, prévoyant désordres certains et innombrables, si les habitants de ce pays étaient plus soucieux de leur petite personne que de l’autre, qu’il soit blanc, noir ou jaune, si le peuple se montrait totalement et tranquillement égoïste, récalcitrant à l’accueil, fermé à la compassion, moins aimant et plus haineux, si le cerveau reptilien régnait, si les pays étaient gouvernés par des sots, peut-être alors verrions-nous des hordes d’immigrés, de réfugiés de toutes sortes, de pauvres, de souffreteux déambuler dans les rues des villes, quémander de la nourriture, être à l’affût d’un abri, dormir par terre sur le macadam ou dans la boue parce que rien ne serait prévu pour eux, peut-être même seraient-ils repoussés brutalement hors de notre territoire par la police, sans vergogne, des membres de mêmes familles seraient séparés, des enfants , des mineurs deviendraient orphelins, seraient perdus, introuvables, maigres, loqueteux, corvéables à merci, brimés, humiliés, ni affection, ni amour pour ceux-là, que la faim, le froid, la violence, pire, sur leur chemin d’immigration, hommes, femmes, enfants mourraient par dizaines, centaines, milliers, sur les routes, écrasés par des véhicules, pourris à l'intérieur de camions, noyés dans la mer, épuisés, des murs seraient élevés, nombreux tenteraient de les franchir qui finiraient emprisonnés.
 

Mais Dieu merci, il n’en est pas ainsi. Car l’être humain est raisonnable et porte en lui une part de tout autre, alors il lui importe que cet autre vive et vive bien; il lui sied que chacun comme il se doit soit épargné autant qu’il se peut par la souffrance ou l’injustice; il est porté par sa compassion, son empathie qui lui montre la vérité des choses du monde; alors, des femmes, des hommes à l’intelligence aiguisée, à la raison juste sachant repousser les mauvais affects, à la sensibilité non débordante réfléchissent à l’organisation de la cité afin qu’elle puisse intégrer les nouveaux venus; et d’autres s’activent, planifient, orchestrent et harmonisent, d’autres encore écoutent, soignent, pansent, enseignent, rencontrent et partagent, et voilà les arrivants qui s’installent, parlent de ce qu’ils sont, chantent, écrivent, créent et leurs enfants jouent dans les cours de récréation des écoles et les plus grands travaillent de leurs mains ou étudient; ils façonnent le monde de demain, peut-être plus beau encore que celui d’ aujourd’ hui tant les sourires, mots et regards partagés l’illuminent et l’illumineront."

Septembre 2017

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