Léon Tolstoī (1)

Rédigé par yalla castel - - 1 commentaire

Elles étaient deux sœurs. L’une avait épousé un marchand établi en ville, l’autre un cultivateur de la campagne. Un jour, la sœur aînée alla voir sa sœur la campagnarde, et tout en prenant leur thé, elles se mirent à causer.

— Comme je préfère mon genre de vie au tien, dit l’aînée : je suis élégamment logée, j’ai de jolies toilettes, mes enfants sont charmants dans leurs costumes bien faits ; je mange toujours de très bonnes choses, et notre temps se passe en promenades, en visites et en fêtes le soir.

— Je conviens, répondit la cadette, que tu as une douce existence, mais que de fatigues amènent les plaisirs, et que d’argent ils coûtent ! Vous êtes sans cesse occupés à avoir assez d’argent pour faire face à beaucoup de nécessités que nous ignorons. Nous menons une vie plus régulière et plus saine, aussi nous portons-nous mieux que vous, et ne nous inquiétons-nous guère du lendemain pour vivre ; la vie de la campagne est paisible comme le cours d’une rivière large et profonde. Le proverbe dit que le bonheur et le malheur voyagent ensemble ; nous les accueillons philosophiquement quand ils passent, comme les paysans savent accueillir des voyageurs. Enfin… nous avons toujours le nécessaire.

— Vos bêtes l’ont aussi, ce nécessaire que tu vantes en ce moment, encore faut-il que vous le leur donniez ; mais votre nécessaire à vous, vous devez le faire sortir de terre, et vous suez toute votre vie au soleil, au milieu du fumier, pour cela, et vos enfants feront comme vous. — En seront-ils moins heureux ? reprit vivement la cadette. La maison qui nous abrite est à nous, et ils s’y établiront ; les champs que nous cultivons, nous les avons achetés par notre travail, nous sommes nos maîtres, et ne craignons personne. Quant à vous, vous êtes constamment inquiets, fiévreux, pressés, aujourd’hui contents, demain ennuyés. Et ton mari, quand il sort, où va-t-il ? Il joue, il boit, il perd. Qu’en as-tu, toi ?

Léon Tolstoï (1828/1910)
« Qu’il faut peu de place sur terre à l’homme. »

A suivre…

Que ton verbe soit action

Rédigé par yalla castel - - Aucun commentaire

Masque tragique du théâtre grec. Collection du Louvre. 

« Parle droit ! Parle sans fard et sans apprêt ! Parle pour être compris ! Compris, non pas d’un groupe de délicats, mais par les milliers, par les plus simples, par les plus humbles ! Et ne crains jamais d’être trop compris ! Parle sans ombres et sans voiles, clair et ferme, au besoin, lourd ! Qu’importe, si tu en tiens plus fortement au sol ! Et si, pour mieux enfoncer ta pensée, il est utile que tu répètes les mêmes mots, répète, enfonce, ne cherche pas d’autres mots ! Que pas un mot ne soit perdu ! Que ton verbe soit action ! »

Source: 

Cliquer pour accéder à Rolland_Jean_Christophe_01.pdf

 

Voeux CFMRADIO47 de 2024

Rédigé par sadys - - Aucun commentaire

Bonsoir à vous tous. Merci d'avoir répondu nombreux à l'invitation de votre radio locale. Au nom de tous les membres de Cfmradio47 je vous souhaite bonne année et bonne santé.

Pour aller un peu plus loin que cette formule d'usage je vous propose les voeux de nouvel an de Madame de Sévigné née en 1626 et morte en 1696. Elle aurait écrit 800 lettres à sa fille unique et préférée dont 600 ont été publiées. Je vous avoue que je n'en ai lues aucune. Voici pour vous tous ses voeux de nouvel an:

"Que cette année vous soit heureuse: que la paix, le repos et la santé vous tiennent lieu de fortune." 

Sur Facebook la semaine dernière a circulé un texte de Charly Chaplin extrait de son film "Le Dictateur". Le film date de 1940 et n'a été projeté en France qu'en 1945. En voici un bref extrait:

"Nous pensons trop et nous ressentons trop peu. Plus que de machines nous avons besoin d'humanité. Plus que d'intelligence nous avons besoin de douceur et de gentillesse. Sans ces qualités la vie perd de son sens." 

Et 84 ans plus tard cette affirmation me semble être toujours d'actualité. Sur le lien suivant l'intégralité du discours de Charlot:

https://www.charliechaplin.com/fr/articles/249-Le-discours-final-du-Dictateur

Mon père et ma mère ont été instituteurs de campagne en classe unique préparant au certoch.

J'ai gardé le souvenir des jours d'école qui commençaient par une phrase de Morale inscrite au tableau noir à la craie blanche sous la date du jour. J'ai gardé l'habitude de noter dans la mémoire de mon ordinateur des phrases qui ont retenu mon attention. En voici une que je voudrais partager avec vous ce soir:

"Tout le monde pense à changer le monde mais personne ne pense à se changer lui-même." (Léon Tolstoï)

Je terminerai ma prise de parole devant vous ce soir par quelques mots de George Clémenceau (1841/1929) que j'aimerais voir se réaliser un jour:

"Le gouvernement a pour mission de faire que les bons citoyens soient tranquilles et que les mauvais ne le soient pas."

Merci de m'avoir prêté attention. Souhaitons-nous d'être tous là l'an prochain.

 

Farniente

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Photo Marie Christine Queyreur

Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.
Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pend au brin d’herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.

Théophile Gautier, Premières Poésies

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