La France de notre enfance (3)

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" Tout ce qui se trouvait dans les maisons avait été acheté avant la guerre. Les casseroles étaient noircies, démanchées, les cuvettes désémaillées, les brocs percés, colmatés avec des pastilles vissées dans le trou.  Les manteaux étaient retapés, les cols des chemise retournés, les vêtements du dimanche passés au tous-les-jours. Qu'on arrête pas de grandir désespérait les mères, obligées de rallonger les robes d'une bande de tissu, d'acheter des chaussures une pointur au-dessus, trop petites un an après. Tout devait faire de l'usage, le plumier, la boîte de peinture Lefranc et le paquet de petits-beure Lu. Rien ne se jetait. Les seaux de nuit servaient d'engrais au jardin, le crottin ramassé ddans la rue après le passage d'un cheval à l'entretien des pots de fleurs, le journal à envelopper les légumes, séchèr l'intérieur des chaussures mouillées, s'essuyer aux cabinets. On vivait dans la rareté de tout."

"Les Années", pages 38/39 d'Annie Ernaux.

La nuit porte conseil

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Cette nuit j'ai dormi contrevents ouverts rideaux ouverts. Je me suis réveillé plusieurs fois. Le ciel étoilé était magnifique, la lune éclairait comme en plein jour. Le ciel est traversé sur un axe nord sud par ce que je pense être des satellites. J'ai été surpris par leur nombre , leur fréquence, leur rapidité. Il y a du monde là-haut.

Emmanuel Macron finira-t-il comme Louis Philippe? Napoléon III? Ou comme Poutine, président à vie?

Trente quatre millions de personnes l'auraient écouté. Ouah! incroyable!

Lu ce matin sur Facebook:

1. Vous ne pouvez pas quitter la maison en principe, mais si vous en avez besoin, vous pouvez quand même vous autoriser à sortir.
2. Les masques ne servent à rien, mais il faudrait peut-être en porter, ça peut sauver les autres. Pour vous ça sert à rien mais ça sera peut-être obligatoire. Mais de toute façon, il n’y en a pas... alors on verra plus tard quand l’épidémie sera passée
3. Les magasins sont fermés, sauf ceux qui sont ouverts...
4. Il ne faut pas aller dans les hôpitaux, sauf s'il qu’il faut, il ne faut y aller qu'en cas d'URGENCE à condition que vous ne soyez PAS MALADE...
5. Ce virus est mortel, mais pas trop effrayant car on vous a annoncé que  ce n’était qu’une catastrophe planétaire qui va faire dix fois moins de morts que la grippe saisonnière.
6. Les gants n'aideront pas, mais ils peuvent aider quand même si vous en  avez !
7. Tout le monde doit rester à la MAISON, mais il est important de SORTIR pour ne pas tomber psychiquement malade !
8. La nourriture dans le supermarché ne sera pas en pénurie mais il y a plein de choses qui manquent si vous y allez en fin de journée donc  évitez d’y aller le matin.
9. Le virus n'a pas d'effets sur les enfants et les jeunes  sauf sur ceux sur qui il en a...qui en sont morts ! 
10. Les animaux ne sont pas atteints, mais il y a malgré tout un chat qui a été testé positif en février, quand on ne testait encore aucun humain , mais ce chat lui était prioritaire !
11. Vous aurez de nombreux symptômes si vous êtes malade, mais vous pouvez aussi tomber malade sans symptômes ou avoir des symptômes sans être malade ou être contagieux sans symptômes. Bref c’est une case à cocher !
12. Pour ne pas être malade, vous devez bien manger et faire du sport, mais mangez avec  tout ce que vous avez sous la main et c'est mieux de ne pas sortir pour faire du sport.
13. Il est préférable de prendre l'air, mais vous serez très mal vu si vous allez prendre l'air. surtout n'allez pas dans les parcs, ou alors sans vous asseoir, sauf que maintenant si, vous pouvez si vous êtes vieux (à quel âge on est vieux ?!?) mais pas trop longtemps ou enceinte (mais pas vieille).
14. Vous ne pouvez pas aller chez les personnes âgées, mais vous devez vous en occuper et leur apporter des courses et des médicaments.
15. Vous ne pouvez pas sortir si vous êtes malade, mais vous pouvez aller à la pharmacie. Pour les soignants, même avec de la température, vous pouvez travailler, allez, pas plus de 38°C... 37,9 c'est pas grave, sauf si vous n'êtes pas soignant.
16. Vous pouvez commander la livraison de plats préparés qui l'ont peut-être été par des personnes qui ne portaient ni masques ni gants. Mais il faut laisser décontaminer vos courses pendant 3 heures dehors. Sans rompre la chaîne du froid bien entendu. La pizza aussi ?
17. Chaque article ou interview inquiétant commence par les mots "Je ne veux pas semer la panique, mais...". Et le moindre journaleux est devenu un expert en épidémiologie…
18. Vous ne pouvez pas voir votre mère ou votre grand-mère âgées, mais vous pouvez prendre un taxi et rencontrer un chauffeur de taxi âgé.
19. Vous pouvez dormir avec votre femme (ou assimilé) et lui faire l’amour. Mais si prenez la voiture (il est interdit de sortir !), elle doit s’asseoir à l’arrière.
20. Mais on vous dit que se promener avec la bonne "distanciation sociale" n'est pas dangereux alors pourquoi on ne peut pas se promener avec d'autres amis ou de la famille (un à la fois) si on est dehors à la bonne distance ? Réponse : parce que.
21. Le virus reste actif sur différentes surfaces pendant deux heures, non, quatre, non, six, non, on n’a pas dit des heures, c'est peut-être des jours ? Mais il a besoin d'un environnement humide. Oh non, en fait pas nécessairement.
22. Le virus reste en suspension dans l'air enfin non, ou oui, peut-être, surtout dans une pièce fermée, en une heure un malade peut en contaminer dix, donc si ça tombe tous nos enfants ont déjà été contaminés à l'école avant qu'elles ne ferment
23. On compte le nombre de morts mais on ne sait pas dire combien de personnes sont infectées, puisque jusqu'ici on a testé que ceux qui étaient "presque morts" pour savoir si c'était de ça qu'ils allaient mourir...
24. On n'a pas de traitement sauf qu'il y en a peut-être un, qui n'est apparemment pas dangereux sauf si on en prend trop (ce qui est le cas de tous les médocs, non ?)
25. On devrait rester confinés jusqu'à la disparition du virus mais il ne va disparaître que si on arrive à une immunité collective et donc à condition qu'il circule... et pour ça il faut qu'on ne soit plus confinés!

Allez ne désespérez pas : c’est rassurant ! Tout est prévu !

La France de notre enfance (1)

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Voici une description de la France de notre enfance dans les années 50/60:

"La France était immense et composée de populations distinctes par leur nourriture et leurs façons de parler, arpentée en juillet par les coureurs du Tour dont on suivait les étapes sur la carte Michelin punaisée au mur de la cuisine. La plupart des vies se déroulaient dans le même périmètre d'une cinquantaine de kilommètres. Quand s'élevait à l'église le grondement vainqueur du cantique Chez nous soyait reine on savait que chez nous désignait là où l'on habitait, la ville,L'exotisme commençait à la grande ville la plus proche. Le reste du monde était irréel. Les plus instruits ou qui aspiraient à l'être s'inscrivaient aux conférences de Connaissance du monde. Les autres lisaient Sélection du Reader's Digest  ou Constellation , "le monde vu en français". La carte postale envoyée de Bizerte par un cousin qui y faisait son service militaire plongeait dans une sidération rêveuse.

Paris représentait la beauté et la puissance, une totalité mystérieuse, effrayante, dont chaque rue figurant dans journal ou citée par la réclame, boulevard Barbès, rue Gazan, Jean Mineur 116 avenue des Champs Elysées, excitait l'imagination. Les gens qui y avaient vécu, ou qui s'y étaient seulement rendus en excursion, avaient vu la tour Eiffel, étaient auréolés de supériorité. Les soirs d'été, à la fin des longues journées poussiéreuses des vacances, on allait à l'arrivée du train express regarder ceux qui étaient allés ailleurs et descendaient avec des valises, des sacs d'achats du Printemps, les pèlerins rentrant de Lourdes. Les chonsons évoquant les régions inconnues, le Midi, les Pyrénées, les Fandango du pays basque, Montagnes d'Italie, Mexico donnaient du désir. Dans les nuages du couchant bordés de rose, on voyait des maharadjahs et des palais indiens. On se plaignait aux parents, "on ne va jamais nulle part!", ils répondaient avec étonnement "Où veux-tu aller, tu n'es pas bien là où tu es?"

Annie Ernaux, "Les années", pages 37/38, édition Gallimard NRF.

ISBN 978-2-07-077922-2

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